Michel HAJJI GEORGIOU
29/05/2003
L’Orient-Le Jour
Le Liban est connu pour être un modèle d’ouverture, de tolérance, d’acceptation de l’autre. Un modèle de coexistence interreligieuse et de respect des libertés. Ces principes sont au cœur de la légitimité libanaise et sont consacrés par les textes constitutionnels. Ils sont fortement ancrés dans le discours politique, dans la conscience du Liban. Ils constituent le pilier éthique sur lequel repose l’entité libanaise.
Curieux destin que celui de Jamil Rifaï, le ressortissant jordanien assassiné à Tripoli, mahométan converti au christianisme et membre de la communauté évangélique. Tout aussi curieux a été son enterrement : selon des sources proches de la Fondation des droits de l’homme et du droit humanitaire, la famille jordanienne de Rifaï, considérant que celui-ci était un « apostat », a refusé de prendre en charge son inhumation. Certains dignitaires musulmans ont refusé, pour leur part, d’organiser un office funéraire, estimant que cela n’était pas de leur ressort, du fait de la conversion du Jordanien. Quant aux dignitaires chrétiens, ils n’ont pas eu le droit d’organiser la cérémonie des obsèques.
La solution a été une inhumation, discrète, dans une fosse commune du camp de réfugiés palestiniens de Beddaoui (Tripoli).
Triste – et profondément choquante – fin de parcours pour Jamil Rifaï.
Un affront à la sacro-sainte liberté de conscience, de culte et de religion, à laquelle le Liban s’est juré de faire allégeance.
Il est vrai que l’existence de l’individu et le respect qui lui est dû pèsent parfois bien peu dans la balance des différentes açabiyyats, au sens déterminé par le sociologue arabe Ibn Khaldoun au XIVe siècle.
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