Michel HAJJI GEORGIOU
13/11/2003
Allocution prononcée à la messe à la mémoire de Rami Azzam, célébrée par le père Sélim Abou en l’église de l’Université Saint-Joseph.
En tout aimer et servir.
Cette devise, celle d’Ignace de Loyola et de la Compagnie de Jésus, nous en avons appris le sens ensemble, Rami, en deux étapes successives: sur les bancs de Notre-Dame de Jamhour, par le biais de nos professeurs de philosophie, d’histoire-géographie, de littérature, de notre engagement dans la vie scoute, puis, trop peu d’années après, sur le campus de l’USJ.
Ironie du destin, cette devise a fait l’objet de notre avant-dernière conversation thématique, samedi, deux jours avant que tu ne fasses un pied-de-nez à la vie tout droit sorti d’une chanson de l’ami Brassens.
Ensemble, nous avions convenu que nous avions, en quelque sorte dédié notre engagement à l’Amour, au Service.
Aimer et Servir Autrui, dans la gaieté et la bonne humeur avec, au détour de chaque phrase, de chaque acte, une farce, une anecdote ou un sourire, pour ne jamais trop prendre tout au sérieux.
Aimer et Servir Autrui de son mieux, sans jamais trop penser à soi, pour aider ses copains à aller de l’avant vers leur Vérité, vers l’Amour de la Liberté.
Ce qu’il y a de plus difficile dans ces quelques mots que je t’adresse, c’est bien de rendre compte de tous les binômes que tu as représenté.
À la fois militant et objecteur de conscience, attaché aux idéaux les plus nobles et ennemi des idéologies les plus serviles, des dogmes de toutes les couleurs.
Avide de souveraineté et d’indépendance à toutes les échelles, individuelles comme nationales, et sceptique devant la totalité des courants politiques, même ceux qui correspondaient à tes idéaux.
Tellement épris de la liberté que tout déterminisme, toute atteinte à ton libre-arbitre te faisait horreur, correspondait pour toi à une trahison.
Ennemi des slogans et amoureux de la pensée critique, toujours plus rigoureusement critique, du dialogue et de la polyvalence.
C’est d’ailleurs sous le signe de la polyvalence que s’est achevée, samedi 25 octobre, notre dernière conversation à déjeuner.
Tu avais formulé le souhait de ne jamais mener une vie monotone, de toucher à tout, de faire plusieurs métiers, d’écrire et de continuer à rêver, par-delà tous les obstacles et toutes les frontières.
En d’autres termes, de continuer à vivre comme tu l’avais toujours fait, sans t’astreindre toute ta vie au monde de l’avocature, pour aller à la découverte d’autres horizons.
D’une manière ou d’une autre, et en fonction de la perception de chacun, ton rêve a largement, ou n’a pas du tout, été exaucé. La vie est tellement belle ou tellement cruelle, c’est selon.
Permets moi, pour refermer la parenthèse, de te rappeler ces mots, extraits d’un appel lancé par l’un de nos professeurs, José Jamhouri, à notre classe, le jour où nous avons quitté Jamhour, en juin 1998 : « Je compte sur vous pour être des modèles dans une société qui en a tellement besoin. Partout où vous serez, dans votre vie universitaire, familiale, professionnelle, soyez donc toujours un exemple d’ouverture, de courage, de tolérance; des obsédés de vérité et de liberté, mais aussi, et surtout, des révolutionnaires de l’amour. Encore une fois, je compte sur vous ».
Je crois que tu as largement répondu à son appel.
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