MICHEL HAJJI GEORGIOU
14/01/2004
Il y a quelque chose de pourri au royaume du Cèdre.
Oui, c’est une odeur de pourriture qu’exhale le pays, à tous les niveaux. Les scandales se succèdent, de plus en plus sales : Banque al-Madina, crash de Cotonou… Avec, à chaque fois, toujours plus de figures de la classe politique au pouvoir impliquées, murmure-t-on de moins en moins bas. Le pouvoir d’achat des Libanais se réduit à vue d’œil, tandis que l’oligarchie qui nous gouverne se remplit les poches.
D’ailleurs, ce ne sont pas les mines d’or qui manquent : téléphone cellulaire, fonds d’administration, détaxes, déchets, casino… Les ronds-de-cuir sont à l’image de leurs parrains politiques, des caïds avides d’oseille, sortis tout droit des films de Francis Ford Coppola.
D’autre part, on nous fait miroiter le mirage d’une réforme administrative qui ne verra assurément jamais le jour. En effet, on est en droit de se demander comment il serait possible de réformer l’Administration quand c’est du côté des dirigeants que le mal existe.
Les Libanais manquent d’air : la culture de la servitude et de la corruption les étouffe. D’autant plus qu’ils n’ont aucun moyen de contrôler les responsables : la Chambre n’a jamais été aussi loin de son rôle. Fin de mandat oblige, chacun des dirigeants commence à faire ses calculs pour s’assurer une place au prochain tour.
Le microcosme de la classe politique n’a que faire des soucis des Libanais, puisque gouverner est depuis longtemps une fin en soi. Quant au tuteur syrien, il y a belle lurette qu’il est devenu le seul garant de la survie d’un système politique miné, vidé de son essence, d’un système qui a échoué.
Aussi, son entreprise de maintenir artificiellement en vie une classe politique déficiente, qui est d’ailleurs sa création, finira-t-elle un jour par se retourner contre lui.
Il convient de faire attention : la pollution, la pourriture, ça contamine les institutions comme les hommes. Les unes découlent d’ailleurs des autres.
C’est pourquoi, au Liban, aucune institution ne tient plus : nul n’a la trempe d’un dirigeant, d’un fondateur.
Les temps sont favorables aux partisans corrompus de l’affairisme, aux miliciens reconvertis et aux serviles bradeurs en tous genres.
Pour en finir avec cette pourriture qui écrase les Libanais, une seule senteur, un seul remède : un bon vent de printemps.
Un vent de liberté.
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