Les enfants de la poussière

Michel HAJJI GEORGIOU

17/09/2004

L’Orient-Le Jour

« Je sais que vous avez entendu que tout est terminé, et que la guerre est inévitable. Les cités sont toutes divisées, et les médiateurs s’en sont allés. Mais laissez-moi vous demander, une fois encore, enfants de la poussière, tous ces requins qui poussent à présent des cris perçants, parlent-ils en notre nom ? »

Leonard Cohen, Stories of the Street, in Songs of Leonard Cohen.

La chanson date de 1967.

À l’époque, Leonard Cohen, poète, chanteur et écrivain canadien, avait la trentaine et venait d’entrer de plain-pied dans la vague de contestation de l’époque. Il devait devenir progressivement l’un des symboles du protest song, puis une icône du folk rock, et enfin une véritable légende vivante pour la scène underground européenne et américaine.

Si bien que sa chanson First We Take Manhattan, Then We Take Berlin, écrite en 1988, deviendra un cri de ralliement contre les extrémismes de toute sorte.

Les « enfants de la poussière » qu’évoque Cohen dans cette chanson pourraient être les « enfants de la guerre » du Liban, ceux qui, pour Charles Aznavour, « ne sont pas des enfants ». C’est-à-dire tous ceux qui ont aujourd’hui entre 17 et 30 ans, qui ont quitté l’université depuis quelques années pour suivre une carrière professionnelle ou qui font leurs premiers pas sur les campus.

« Les requins qui poussent des cris aigus », on pourrait les assimiler à l’ensemble de la caste des décideurs politiques de l’après-guerre, ces seigneurs de la guerre, pour la plupart reconvertis, des treillis aux dédales de la politique politicienne, qui ont changé dans leur grande majorité d’ailleurs en fonction des conjonctions d’intérêts et des rapports de force.

Qui prétendent actuellement parler au nom des Libanais.

Mais qui donc peut s’arroger le droit de parler au nom « des » Libanais, comme si ces derniers étaient une masse uniforme, comme s’il n’existait aucune nuance d’un groupe à un autre, quelle que soit la nature de ce groupe, social, culturel, politique, religieux… ?

Il reste que c’est d’un esprit neuf, d’une dynamique nouvelle, d’un souffle de modernité, loin des comportements traditionnels de toutes sortes, que la scène estudiantine a besoin aujourd’hui.

Et il est grand temps de définir une action à ce niveau ciblée, orientée, à même d’assurer la plus grande participation possible, au niveau des différentes sensibilités politiques, pour un mouvement commun et efficace.


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