Michel HAJJI GEORGIOU
08/10/2004
L’Orient-Le Jour
À trop réfléchir, à trop exiger des mécanismes de la pensée sans jamais agir, l’on en arrive parfois à une stérilité vexante, à une aridité, une infécondité de l’esprit qui empêche toute entreprise. Qui paralyse. Qui rend même, à long terme, nihiliste.
C’est là ce que le philosophe Émile Michel Cioran appelle, dans son Précis de décomposition (1949), la « hantise de l’essentiel ». Cette maladie, parce qu’il s’agit bien d’une maladie, est pernicieuse, trompeuse. Et pour cause : on pense déployer toutes ses facultés, tous ses efforts intellectuels au service d’un projet, et, partant, l’on pense agir par la pensée. Sans jamais passer à l’action, quelle que soit la nature de cette action.
Mais, bien souvent, l’on ne se rend pas compte que, dans la majorité des cas, cette intense production intellectuelle qui ne débouche sur rien équivaut… au néant.
Certes, il ne faut pas négliger le pouvoir des idées. Mais celui-ci doit se matérialiser d’une manière ou d’une autre. C’est là le point de départ de la « résistance culturelle » prônée par le père Sélim Abou. Il ne suffit point de théoriser selon un schéma parnassien. Il faut aussi exprimer ses théories sous une forme quelconque : production intellectuelle, artistique, politique.
La gamme de moyens est tellement vaste qu’une infinité de variables sont possibles. Tellement d’idées ont été proposées, durant les dix dernières années, sur la scène estudiantine – pour ne parler que des jeunes –, idées visant à élaborer une stratégie commune, un front estudiantin qui prendrait part activement – sans pour autant délaisser la priorité à la formation académique et aux études – aux affaires publiques.
Un front qui jouerait d’une manière efficace, et loin des contrées désertiques des vieux slogans creux hérités de la guerre, son rôle de contre-pouvoir, de cran de sécurité, contre la « banalisation des déviations qui infecte actuellement la société libanaise », pour reprendre les termes du politologue Farid el-Khazen.
Ce qui manque à toute cette floraison d’idées, c’est bien une dimension concrète, que seul un effort conjoint de toutes les sensibilités politiques peut créer. Les cadres estudiantins sont appelés à le faire, maintenant plus que jamais, d’autant que les circonstances sont réalisées pour des retrouvailles sur les cimes des libertés et de la défense des valeurs démocratiques libanaises.
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