Michel HAJJI GEORGIOU
27/04/2005
L’Orient-Le Jour
Une fois de plus, la République a donné d’elle hier une image scandaleuse. Qui plus est, à quelques pas de l’édifice qui est censé représenter la dignité d’un peuple trop longtemps écrasé, et qui commence, enfin, à relever la tête. Ce qui s’est produit tout près du Parlement est tout simplement honteux.
Il ne suffisait pas de voir, comble de l’indécence, le Liban officiel embrasser sur la bouche ses maîtres d’hier en partance, dans un ultime baroud d’honneur à Rayack. Il a fallu aussi que, près de la place de l’Étoile, des militaires se sentent tenus de taper sur des parents dont le seul crime est de réclamer, depuis des années, au mépris général, la vérité.
Des parents dont les enfants ont été enlevés arbitrairement au Liban, puis séquestrés et torturés par ceux auxquels le Liban officiel rendait hommage hier, dans une cérémonie frisant le ridicule. Des parents qui ont toujours été abandonnés à eux-mêmes, au mépris général des officiels.
Le pire, c’est qu’il a aussi fallu qu’un député se mette de la partie pour invectiver les parents et les insulter, livrant ainsi au monde entier des images de haine, dignes du Chicago des années 30.
Devant le Parlement, hier, deux Liban se sont confrontés : celui d’une caste de représentants assujettis, asservis, et à jamais méprisés du public, et celui d’une société civile en pleine éclosion, mue par sa volonté et son droit de savoir toute la vérité.
Un Liban qui s’en va, et un autre, prometteur, qui est en train de naître de l’oppression.
N’en déplaise aux trouble-fêtes : rien, pas même des images de brutalité et de simulacre d’hommages, que l’on veut bientôt révolues à jamais, ne pourra altérer la joie pure, lumineuse, rayonnante, de voir le dernier soldat étranger quitter enfin la terre libanaise, de redécouvrir enfin la saveur enivrante, vivifiante, de la liberté.
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