Michel HAJJI GEORGIOU
11/08/2005
L’Orient-Le Jour
Nasri Khoury est un bien étrange personnage. L’homme est d’une constance admirable, comme le prouve la rigueur de ses déclarations durant les quinze dernières années. Il donne l’impression d’avoir vraiment le sens des affaires publiques, de l’État, de la défense du bien commun.
Le seul problème, c’est qu’on se demande parfois de la défense de quel État et de quel bien commun il s’agit.
Évidemment, le chef du Conseil supérieur libano-syrien n’a trouvé rien de mieux, hier, que de s’aligner, comme toujours, sur les positions voisines, écartant tout aspect politique à la crise des frontières. Quand on peut faire preuve de constance, dans un pays où la politique est aussi virevoltante, pourquoi changer… ?
Sauf que, durant les derniers mois, toute la donne politique a changé. Que l’esprit hégémonique syrien dans le cadre duquel Nasri Khoury a été bombardé à la tête du Conseil supérieur libano-syrien ne prévaut plus au Liban. Que c’est justement parce que ces changements se sont produits qu’il s’est retrouvé hier à la frontière, non pas pour « des raisons techniques », comme il le prétend.
Le Traité de fraternité et de coopération, autrefois l’œuvre littéraire favorite des baasistes locaux, est une mauvaise copie des vieux traités soviétiques jadis imposés aux pays satellites. Le Conseil qui en est né, avec M. Khoury à sa tête, a trop longtemps été l’instrument justifiant, de par son existence même, la servitude libanaise à l’égard de Damas.
Nul ne peut aujourd’hui être en déphasage avec son temps. Passés les gesticulations et le bavardage stérile, voici venu le moment de tenter l’établissement de véritables relations d’État à État avec la Syrie. Cela suppose évidemment des relations diplomatiques et une ambassade syrienne à Beyrouth, ainsi que la révision du rôle du Conseil supérieur libano-syrien.
En d’autres termes, que Nasri Khoury cesse d’être la Voix de Damas.
Ou, plus simplement, qu’il s’en aille.
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