Michel HAJJI GEORGIOU
26/09/2005
L’Orient-Le Jour
Le dégoût.
La révolte.
Ce sentiment que les paroles sont irrémédiablement vaines, que le verbe est tout simplement impuissant devant la barbarie…
May Chidiac est la deuxième journaliste, après Samir Kassir, à payer le prix dans sa chair de son franc-parler, de sa verve, de son appétit de vie, de vouloir-vivre, de liberté infinie.
Samir Kassir y a laissé sa vie.
May Chidiac vivra.
Comment peut-on être aussi criminel pour s’en prendre à des témoins de leur temps ?
Quel assassin peut-il être aussi lâche pour employer des méthodes aussi sournoises, aussi basses et viles que l’élimination physique de personnalités, qu’elles soient politiques ou civiles ?
De la lâcheté…
Tuer.
N’est-ce pas là d’ailleurs l’aveu le plus flagrant de l’impuissance de l’assassin, poussé dans ses derniers retranchements, acculé à assassiner par désespoir… ?
La question n’est pas vraiment de savoir qui a bien pu vouloir attenter à la vie de May Chidiac, ni pourquoi ou comment il a pu le faire. La lâcheté est la faiblesse du faible. Et ces gens-là, le remords, ils ne peuvent pas connaître…
Non. L’essentiel est ailleurs.
Dans la réaction, civique, civile, pour faire face à la terreur. Pour sortir de la torpeur, de la peur.
C’est un sursaut, un cri de vie qui est nécessaire, pour conjurer la mort et enrayer ces machines à tuer avant qu’elles ne frappent encore.
Pour May, qui a survécu à ses bourreaux, et qui continuera à témoigner comme avant, n’en déplaise aux criminels.
Pour Samir, qui s’en est allé pour toujours, et pour tous les autres aussi.
Un cri de vie.
À faire fuir, pour de bon, tous les tueurs à gages mesquins qui continuent à rôder.
Et qui tentent encore de retenir le Liban dans leur époque, à jamais révolue…
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