Michel HAJJI GEORGIOU
29/09/2005
L’Orient-Le Jour
S’il est une impression générale qui se dégage de cette série d’attentats qui secouent actuellement le pays, c’est bien l’incapacité de la sphère politique à traiter avec les incertitudes de la nouvelle situation née de l’après-retrait syrien. On a beau vouloir accabler, à juste titre, l’appareil sécuritaire, son chef, le ministre de l’Intérieur, ou même le gouvernement.
Cependant, cette perspective ne peut-être que réductrice. Du point de vue politique, le cabinet assume certes la principale responsabilité dans les manquements sécuritaires. Mais qu’a fait réellement Hassan el-Sabeh à part le reconnaître – même si ce n’était pas nécessairement le bon moment et la bonne manière de le faire, à l’heure où les Libanais ne songent quasiment plus qu’à une seule chose : assurer leur propre survie jusqu’à la publication du rapport Mehlis – ? Le silence aurait peut-être été plus judicieux. Même constat d’impuissance formulé par le Premier ministre Fouad Siniora, qui a toutefois montré – encore une fois – des qualités insoupçonnées de chef en faisant appel à l’expertise internationale.
Certes, le cabinet assume la responsabilité politique de la poursuite de l’instabilité, en tant que pouvoir exécutif, même si on peut quand-même lui trouver toutes sortes de circonstances atténuantes : la démobilisation de l’appareil sécuritaire, la difficulté à pouvoir localiser un ennemi qui n’est plus aussi clairement défini, qui agit au coup par coup, et fait très mal à chaque fois qu’il frappe, sans pour autant laisser suffisamment de traces.
Mais à quoi servirait-il que Fouad Siniora démissionne maintenant, sinon à alimenter encore plus l’instabilité politique qui prévaut dans le pays ? N’est-ce d’ailleurs pas à cette instabilité politique qu’il faut imputer la responsabilité de l’état dans lequel se trouve actuellement le pays ? La classe politique libanaise, dans son intégralité, ne récolte-elle pas aujourd’hui les fruits de ce qu’elle a semé, politiquement, durant les six derniers mois : les alliances contre-nature, les pseudo-réconciliations incompréhensibles et cosmétiques, les rédemptions hypocrites des uns et des autres ?
Le Liban de l’après-14 mars est condamné à rester dans un état d’extrême précarité, d’hyper fragilité : le mal qui le ronge n’est pas technique, mais provient des fondations mêmes sur lesquelles cette étape de transition repose.
D’abord, la révolution du Cèdre est restée inachevée, et Émile Lahoud n’a pas quitté le pouvoir. La logique même aurait voulu que le pouvoir cesse d’être schizophrène, et que tous les symboles de l’ancien régime s’en aillent avec le régime. Faute de quoi le pays est resté prisonnier d’une dimension intermédiaire, hybride, monstrueuse, qui ouvre la voie à toutes les éventualités. Et le général Aoun et le patriarche Sfeir, aussi louables que soient leurs motifs, ont contribué à empêcher le déracinement total du chef de l’État au niveau du système politique.
Le même constat peut-être tiré concernant le retour de Nabih Berry, avec l’aval de la majorité parlementaire, ou encore concernant l’alliance politique ultra-hybride et contre-nature entre le Bristol et le Hezbollah, autre parti qui ne peut se maintenir indéfiniment tel qu’il est actuellement, c’est-à-dire avec les privilèges démesurés au plan national que lui confèrent ses armes, sans qu’il n’existe un consensus réel et pluriel à ce sujet.
En résumé, une formule monstrueuse qui scinde totalement les pôles du 14 Mars en deux, pour rapprocher certains des représentants de la communauté chiite et d’autres de Baabda, frise l’absurde. L’absence de cohésion, sinon de dialogue, et les petites guérillas politiques étant le leitmotiv de la période actuelle, la scène est restée ouverte devant le terrorisme de ceux qui ne veulent pas réaliser qu’ils sont partis.
Le repositionnement artificiel de tout un chacun, lors des législatives, ne saurait tenir plus longtemps : il condamne d’ores et déjà le pays au pire. La seule issue, c’est d’en revenir à ce qui aurait dû être fait bien avant, peut-être même avant que la fièvre des élections n’emporte tout le pays et ses différents chefs : un congrès de dialogue national réunissant les principales forces du pays.
Les Libanais ont le droit de savoir – enfin – où ils vont, et où on les mène…
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