Michel HAJJI GEORGIOU
24/01/2006
L’Orient-Le Jour
« On ne peut pas vivre tout le temps dans les sentiments pour sauver un État, ce n’est pas possible ». Il ne croyait pas si bien dire, Edmond Naïm, qui lança cette phrase au détour d’une interview à L’Orient-Le Jour en août 2001.
L’aspect sentimental de la politique libanaise n’exerçait pas sur ce juriste l’attrait qu’elle pouvait avoir sur les autres, tous les autres. En fait, Edmond Naïm avait le sens de l’État, l’État de droit. Inévitablement. Par-delà les combats de chefs et la cristallisation des sentiments communautaires qui leur sert de carburant. Il vivait cette réalité dans son parcours académique, dans son action au sein de la société civile, dans son expérience au service de l’État. Et pourtant ce même État, empêtré dans ses crises existentielles sur six décennies, ne lui a jamais manifesté la moindre preuve de reconnaissance de son vivant, même si chaque Libanais lui vouait l’immense respect que l’on doit aux sommités de ce monde.
La carrière d’Edmond Naïm est trop riche, en expériences comme en enseignements, pour qu’on puisse la résumer en quelques lignes. Même son entrée tardive en politique, saluée par certains, mais critiquée par d’autres qui auraient préféré le voir continuer à défendre les couleurs de la société civile hors de l’hémicycle, n’était pas exempte de panache. Lorsque Edmond Naïm parlait, c’était le Verbe par le droit soutenu qui s’exprimait.
Le destin a des voies qui lui sont propres, et qui sont bien étranges. Edmond Naïm, poursuivi par la Camarde avec un zèle imbécile, comme dirait l’ami Brassens, n’a pas eu le temps de transposer son combat institutionnel au Parlement.
Cependant, il ne ratera pas sa sortie. Son ultime coup de panache, dans ce climat apocalyptique post-14 mars, est de mettre tous les leaders politiques devant leurs responsabilités, devant une sorte d’heure de vérité, alors que la partielle pointe déjà à l’horizon. Des leaders empêtrés dans leurs joutes politiques à n’en plus finir, au détriment du dialogue salvateur et du souci du bien commun. Et, qui plus est, de les confronter à Baabda-Aley, la zone la plus sensible du pays, au sein de laquelle toutes les communautés politiques sont représentées, et qui doit en principe servir, par-delà toutes les considérations politiques, de modèle réduit de convivialité nationale.
Pour ce dernier rappel à l’ordre général, merci, Edmond Naïm. Puissent-ils être à la hauteur des responsabilités que les Libanais ont placées en eux, à l’heure où le pays ne saurait supporter une nouvelle confrontation fratricide.
Puissiez-vous, une fois au moins, être entendu.
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