Michel HAJJI GEORGIOU
24/05/2006
L’Orient-Le Jour
Une fois de plus, la République a donné d’elle hier l’image d’une véritable Tour de Babel, au moment où il lui est demandé d’avoir un sursaut authentiquement national.
Pourquoi ?
L’affaire des mandats d’amener tourne certes autour de Walid Joumblatt, qui, à la lumière des clivages qui déchirent aujourd’hui le peuple libanais, suscite peut-être des sentiments contradictoires selon les courants politiques et leur positionnement actuel sur l’échiquier politique.
Mais l’affaire dépasse de loin le cas individuel de Walid Joumblatt, et devrait – c’est une question de principe – réveiller le sentiment civique libanais.
À travers Walid Joumblatt, c’est tout Libanais qui est potentiellement touché par cette mesure syrienne liberticide.
Il serait peut-être bon de rappeler, pour ceux qui pourraient se réjouir de cette atteinte fondamentale à la liberté d’expression, à la justice et au droit, la célèbre phrase du pasteur Martin Niemöller, victime des nazis : « Ils sont d’abord venus pour les Juifs, mais je n’ai rien dit, parce que je n’étais pas juif. Puis ils sont venus pour les communistes, mais je n’ai rien dit, parce que je n’étais pas communiste. Ensuite, ils sont venus pour les syndicalistes, et je n’ai rien dit, parce que je n’étais pas syndicaliste. Puis, quand ils sont venus pour moi, il n’y avait plus personne pour me défendre. »
La mascarade qui a eu lieu hier à la Chambre, couronnée par cette incroyable dérobade du président de la Chambre, Nabih Berry, ne doit pas détourner l’attention de l’essentiel : la liberté d’expression, la démocratie et le pluralisme politique sont l’âme du Liban.
Que la Syrie cherche à y attenter encore et encore, renouant là avec des habitudes ancestrales, ce n’est peut-être pas une surprise. Par contre, que les rangs libanais ne soient pas conscients de la nécessité de consolider l’unité autour de la personne agressée par une telle mesure – que cette personne soit un ami ou un ennemi politique n’y change rien –, qui plus est de la part d’un régime qui ne cesse de nous montrer des preuves d’hostilité, cela est bien plus grave, et révèle une drôle de conception de l’unité et de la solidarité interlibanaises.
Si tel est effectivement le cas, nous n’avons absolument rien appris de toutes nos erreurs, et notre histoire ne tiendrait plus alors que du mythe de Sisyphe – celui de l’éternel recommencement absurde et grotesque.
En savoir plus sur Beirut Unbound
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
