Une formidable aubaine pour Damas

Michel HAJJI GEORGIOU

18/07/2006

L’Orient-Le Jour

S’il y a quelque chose de superbement désolant dans le conflit qui se déroule actuellement sous nos yeux, c’est bien le sentiment de n’avoir aucune prise sur le cours des événements, aucun moyen d’enrayer le processus de destruction. C’est ce constat terrible d’impuissance, alors même que le pays se retrouve une fois de plus noyé sous le déluge israélien de feu et de sang.

S’il y a quelque chose d’extrêmement crispant, c’est ce mépris pour les vies humaines que les boutefeux manifestent à n’en plus finir, sans même assurer à la population civile les conditions minimales pour tenir le coup, alors même que la guérilla, qui a enfreint toutes les règles du contrat social et du consensus national, renouvelle tous les jours ses intentions d’aller « jusqu’au bout »…

Quand comprendra-t-on enfin que le meilleur moyen de confronter les ambitions hégémoniques israéliennes reste en effet d’avancer dans la lignée du printemps de Beyrouth, c’est-à-dire de permettre au Liban de redevenir un pôle démocratique, culturel et économique dans la région, et d’offrir un modèle différent du prototype fondamentaliste, et des despotismes statiques et monolithiques, qui prétendent tenir tête à Israël depuis un demi-siècle et qui jettent leurs peuples en pâture aux lions dès que l’occasion se présente ?

Et, pratiquement, cela ne peut se faire que si l’État libanais recouvre au plus tôt le monopole de la violence légitime et rétablit sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire conformément à la 1559. En bref, qu’il redevienne un État.

S’il y a enfin quelque chose d’absolument enrageant, c’est l’hypocrisie et la sournoiserie avec lesquelles certaines puissances régionales jouent aux saintes-nitouches, en se défendant d’avoir une influence quelconque pour mettre fin à la spirale de la violence.

On parle souvent de l’Iran dès lors qu’il s’agit de pointer un doigt accusateur vers le Hezbollah. C’est tout à fait normal, dans la mesure où la République persane prétend aujourd’hui reprendre le flambeau de la cause arabe et recouvrer, dans une certaine optique révolutionnaire, l’honneur de peuples arabes passifs, à la dignité ravie par des régimes politiques trop dociles à l’Occident et au bon vouloir d’Israël.

Depuis l’arrivée au pouvoir à Téhéran de Mahmoud Ahmadinejad, qui ne se prive pas de mêler le mystique au politique dans une perspective eschatologique délirante, l’Iran semble glisser vers une aventure révolutionnaire qui le pousse à vouloir jouer des rôles de premier plan sur la scène arabe. Ce qui explique en très grande partie la position saoudienne qui a fait assumer une fois de plus, hier, au Hezbollah et à son allié palestinien, le Hamas, la responsabilité des attaques israéliennes.

Par ailleurs, les différents liens existant entre le Hezbollah et l’Iran, du financement à la prise de décision dans différents domaines — le fameux « vilayet e-faqih » —, ne sont plus à démontrer.

Plus discret et cynique depuis quelque temps est le rôle de Damas, lequel semble vouloir à tout prix se laver les mains du conflit israélo-Hezbollah qui se déroule actuellement en territoire libanais.

Damas, directement pointé du doigt hier par George W. Bush au sommet du G8 et qui pourrait jouer un rôle fondamental pour mettre fin à cette crise absurde, qui ne débouchera que sur de fausses victoires, un pays détruit et une population meurtrie.

Il ne faut pas le perdre de vue : Damas assume doublement la responsabilité de ce qui se produit actuellement au Liban.

D’abord directement, puisqu’il possède des rapports privilégiés avec le Hezbollah qui sont beaucoup plus verticaux qu’horizontaux ; ensuite indirectement, puisque la direction syrienne assume directement la responsabilité de la faiblesse de l’État libanais, presque réduit, quinze ans durant, à n’être qu’un appareil de domination syrien du peuple libanais.

C’est d’ailleurs un comble que le gouvernement israélien fasse assumer aujourd’hui à l’État libanais la responsabilité de son incapacité à faire preuve d’autorité sur le Hezbollah, alors même que la mainmise syrienne sur le Liban a été légitimée, quinze ans durant, par les États-Unis et Israël.

De plus, il est toujours bon de rappeler qu’entre régime syrien et Israéliens, pas un coup de feu n’a été tiré depuis 1973 sur la ligne du Golan.

Il reste à se demander si, quelque part, Damas ne pavoise pas aujourd’hui, en voyant ce qui se déroule sous ses yeux ; s’il n’accomplit pas enfin une vengeance qui lui tient bien à cœur, depuis une certaine « Indépendance 2005 », par le biais des Israéliens.

La phrase létale lancée par le président syrien Bachar el-Assad à Rafic Hariri lors de sa dernière visite à Damas en septembre 2004 — « Si Chirac veut me sortir du Liban, je détruirai ce pays » — n’en prend alors qu’une dimension encore plus terrible.

Une offensive israélienne qui détourne l’attention du monde entier de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri et du tribunal international…


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