Michel HAJJI GEORGIOU
06/08/2007
L’Orient-Le Jour
T’en souvient-il, camarade aouniste, lorsque nous étions ensemble, sur le même front estudiantin, pour faire face, sur les campus, à ceux-là qui parlaient « d’unité des destins et des volets », de « présence syrienne nécessaire, légale et temporaire », avant d’aller nous balancer au premier poste des services de renseignements libano-syriens ?
T’en souvient-il, camarade aouniste, de l’argumentation perfide de ceux-là, qui voulaient pousser la « fraternité syrienne » jusqu’à l’inceste, qui massaient, en face des partis souverainistes dont tu étais l’élément moteur, des hordes de membres du PSNS, d’Amal et du Hezbollah (pour ne citer que ceux-là), afin de nous réduire en minorité ?
Si par malheur tu aurais été frappé d’amnésie, estimant que la période 1990-2005 est à jamais révolue, et que ce qui fait partie du passé doit rester confiné au passé… eh bien, ton chef, ce modèle, ancien chantre du jusqu’au boutisme souverainiste, aura tôt fait de te rappeler cette répartie, leitmotiv idéologique digne des masses lobotomisées par le régime syrien, qui fusait immédiatement pour nous faire taire : « Ce sont les chrétiens qui ont fait entrer la Syrie au Liban. C’est Pierre Gemayel et Camille Chamoun. C’est le Front libanais. Vous assumez la responsabilité de la présence syrienne. Taisez-vous ».
T’en souvient-il, compagnon, que, pour faire face à ces formules concoctées à Anjar, c’est ton chef lui-même qui, de son exil parisien, montait au créneau, pour démonter les manipulations et le faisceau de mensonges, rappeler le discours du président Hafez el-Assad en 1976 et l’entrée des effectifs syriens sous l’uniforme de l’ALP et de la Saïka ?
T’en souvient-il, cher camarade, que tu reprenais fidèlement l’argumentation du général Aoun pour faire face aux éructations prosyriennes, que nous la reprenions tous aussi avec toi, les indépendants, les Kataëb, les Forces libanaises, le Parti national libéral, pour faire taire les gardiens de l’occupation syrienne ?
Je crois sincèrement que tu n’as pas oublié.
Je crois aussi que la haine, ce fiel qu’on te distille tous les jours pour te convaincre que tout le monde, sauf ton chef, est corrompu, pourri, mauvais et immoral, ne t’a quand-même pas aveuglé, même s’il te voile temporairement les yeux.
J’ose espérer, moi qui ai combattu à tes côtés, qui ai autrefois défendu tes principes et ton chef, que tu n’as pas oublié.
J’ose croire que, si ton chef a aujourd’hui renié ses propres principes et a sombré dans une amnésie plus que douteuse, tu puisses oser toi, au moins, en retour, continuer, à entretenir le devoir de mémoire et de vérité.
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