Michel HAJJI GEORGIOU
20/09/2007
L’Orient-Le Jour
La rage, encore et toujours.
Comme s’il n’était pas permis d’avoir d’autres sentiments. Comme si l’espoir devait toujours demeurer cette folle chimère.
La rage de l’impuissance devant le meurtre. La rage de vivre, de vaincre aussi, plus forte que tout, celle-là.
Plus forte que le crime. Plus forte que cette non-odeur incolore de mort qui flotte depuis un certain printemps sur Beyrouth…
Cette rage de vivre, de vaincre, elle est inépuisable.
Elle est le rêve d’espoir d’une nation en déclin.
Elle viendra a bout de tous ses ennemis.
Ils sont nombreux, mais l’État sera édifié, la sécurité retrouvée, la stabilité regagnée.
Il s’agit d’un pari fou, mais rien ne parviendra a l’assassiner.
C’est dans cette logique qu’il y aura un président élu le 24 novembre, malgré tout. Qu’importe si c’est aux deux tiers ou à la majorité, par consensus ou par forcing.
L’essentiel est de tenir bon.
Depuis Samir Kassir, le 2 juin 2005, l’histoire a un goût dégueulasse de répétition.
Après Georges Haoui, Gebran Tuéni, Pierre Gemayel, Walid Eido… à présent Antoine Ghanem, député chrétien de Baabda-Aley…
Chronique d’une mort annoncée tous les jours : les députés de Baabda n’ont-ils pas déjà été condamnés politiquement à périr, devant la hargne des uns et la nonchalance criminelle des autres ? Leur meurtre a déjà commencé depuis longtemps, il suffisait juste au criminel de choisir l’heure et l’endroit, et de presser le bouton…
Le pire dans cette répétition tragique, c’est que, comme il y aura toujours des criminels, il y aura aussi des charognards, prêts à saisir la première occasion pour se jeter sur les restes de la victime, et en arracher un morceau quelconque. Et il y aura aussi suffisamment d’aveugles pour continuer à porter ces charognards aux nues, les encenser, leur donner leur petit quart d’heure frénétique de gloriole.
En vain.
Face à la mort, nous sommes tous risibles : criminels, charognards, aveugles, victimes…
Mais après le temps de la mort, il faut savoir retrouver le goût de la vie.
L’énergie du combat.
Le souffle de l’espoir.
La lutte continue.
L’essentiel est là.
L’objectif, c’est d’élire un président le 24 novembre, coûte que coûte.
La bataille est loin d’être terminée, elle n’en est qu’à ses premiers frémissements.
Nikos Kazantzakis écrivait : « Je n’espère rien, je ne crains rien, je suis libre. »
Plus que jamais, nous sommes libres.
Infiniment libres.
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