Un article que rien ne justifie… 

Michel HAJJI GEORGIOU

05/10/2007

L’Orient-Le Jour

« (…) Pour le moment, rien ne justifie la levée du sit-in, vu que l’entente n’a toujours pas été annoncée. Si nous parvenons à nous mettre d’accord, alors tout pourra être résolu ».

Ainsi, pour Mahmoud Komaty, chef du bureau politique du Hezbollah, qui s’exprimait hier à partir de Rabieh, « rien ne justifie la levée du sit-in » du centre-ville.

Il n’y a là rien de véritablement étonnant.

Il est vrai que les barrières morales sont toutes tombées depuis bien longtemps, et ce n’est pas vraiment dans les bas-fonds de la politique libanaise qu’on retrouvera de sitôt une once quelconque d’éthique.

De l’éthique en politique… !!! Pffft… L’idée semble tellement saugrenue qu’elle ne pourrait possiblement effleurer que les milliers d’idéalistes qui sont descendus allumer des bougies mercredi soir pour Charles Chikhani…

Voilà ce que diront les cyniques. 

Peut-être.

Sauf que le monde appartient aux idéalistes. Pas aux requins, pas aux milices, pas aux fascistes de toutes sortes, dogmatiques, idéologiques, populistes. Il n’appartient pas à ceux qui « occupent » le centre-ville depuis décembre dernier, dans une entreprise de destruction intentionnelle, volontaire, vindicative. 

Il est tellement regrettable que celui qui dispose de l’organisation la plus structurée et la plus disciplinée sur le territoire libanais, à savoir le Hezbollah, ait pu se laisser entraîner dans une aventure aussi chaotique, aussi peu soucieuse du bien commun. À moins que les clivages de toutes sortes, socio-communautaires en particulier, aient pris le dessus sur les grands idéaux sociaux proclamés du parti, que le commerçant qui souffre aujourd’hui soit considéré comme l’ennemi ancestral, celui qui doit payer pour tous les autres, un bouc-émissaire de plus. Il n’y a que cela au Liban, des boucs émissaires. 

« Rien ne justifie la levée du sit-in, vue que l’entente n’a toujours pas été annoncée ».

Il est inutile de s’attarder bien trop longtemps sur la concentration fielleuse de chantage que comporte cette phrase.

Le sit-in est une épée de Damoclès qui pèse sur le Sérail, la présidentielle, et qui pourrait continuer à peser sur tellement d’autres échéances encore.

Encore une fois, la rhétorique de l’opposition est la même, le schéma simplifié à outrance, adressé à l’opposition: vous viendrez acculés, comme des « chats », à l’entente, au consensus, ou bien nous continuerons à occuper le centre-ville ; ou bien nous continuerons à nous taire sur les assassinats ; ou bien nous continuerons de boycotter la séance électorale, de fermer la Chambre, de paralyser le gouvernement, de continuer à menacer de recourir à la désobéissance civile, etc.

On a beau vouloir coller un millier d’étiquettes infamantes aux protagonistes du 14 Mars, et ils ont bon dos, compte-tenu du passé politique peu reluisant de certains de ses ténors… On a beau vouloir inverser les rôles aujourd’hui à coup d’intox. Il reste que les faits sont là. Il reste que l’obscénité, elle se trouve dans la logique haineuse de cette opposition, qui proclamait, quelques semaines avant l’assassinat d’Antoine Ghanem, par la voix du cheikh Hachem Safieddine : « Nous verrons si vous continuerez à avoir la majorité dans quelques mois ». L’obscénité, elle se trouve dans la réponse de Mahmoud Komaty aux propos pleins de bon sens des évêques maronites sur la nécessité de « libérer » enfin le centre-ville.

Mais plus rien ne choque au Liban : nous en avons vu tellement que plus rien ne nous fait plus vaciller. 

Plus douloureux et révélateur encore est le fait que Mahmoud Komaty ait choisi Rabieh comme espace de prédilection pour dire exactement le contraire de Bkerké. De quoi en faire réfléchir plus d’un, qui s’interrogent encore, pleins de bonne volonté, sur les possibilités de distanciation réelle entre le Hezbollah et Michel Aoun. Mais là n’est pas le sujet de cet article. 

L’usage de la menace est légitime dans le discours politique, à condition qu’il reste dans un contexte bien défini, que les mécanismes de la démocratie fonctionnent, que la scène ne soit pas propice à des dérapages, de quelque nature qu’ils soient. On est loin du compte. L’occupation du centre-ville n’est pas une menace, c’est un moyen de pression. Encore, c’est d’une intimidation pure et simple qu’il s’agit au moins sur le processus électoral, sinon sur d’autres échéances à venir. Et, par-delà l’intimidation, c’est rien moins qu’un crime qui est commis depuis décembre 2005 contre le centre-ville, son économie, sa vitalité. 

Mais « rien ne justifie » la levée du sit-in au centre-ville, Mahmoud Komaty n’a jamais eu autant raison. Et pour cause : comme d’habitude, les revendications sociales du Hezbollah et du général Michel Aoun sont bonnes pour le discours politique et la mobilisation des masses énamourées de leurs « leaders historiques ». La pratique, elle, est toute différente, et vouée à rester ce slogan creux et magnifique. 

Il est fatigant de suivre le discours de l’opposition en général et du Hezbollah en particulier, d’essayer de le démonter, de l’analyser.

Heureusement que, dans ce métier, il reste encore du temps à perdre. 


En savoir plus sur Beirut Unbound

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.


Laisser un commentaire