Prends ta plume, et enterrons les morts-vivants

Michel HAJJI GEORGIOU

09/12/2007

Allocution improvisée prononcée en arabe libanais au BIEL à l’occasion de la remise par Annahar et la World Association of Newspapers du Prix Gebran Tuéni.

Je voudrais d’abord remercier le Nahar el-Chabeb

Nayla, j’associe ma voix à la tienne.

Très franchement, je voudrais te dire que Gebran n’est pas mort. 

Il ne faut pas le pleurer, parce qu’il n’est pas mort.

En voyant tout ce que j’ai vu aujourd’hui, j’ai pensé à Gebran Khalil Gebran et à sa nouvelle Haffar el-Qoubour (Le Fossoyeur). 

Gebran vit toujours. Par contre, beaucoup de vivants sont morts – et le pire, c’est qu’ils ne savent pas qu’ils le sont. 

Alors, avec ton équipe du Nahar el-Chabeb, il faut que tu prennes ta pelle – qui est ta plume – et que tu commences à enterrer ces morts-vivants. 

Je remercie également L’Orient-Le Jour, qui est mon institution et sans laquelle je ne serais rien. 

Ce que j’ai dit à Nayla, je souhaite le dire aussi à Samy Gemayel, en souvenir de son frère Pierre, ainsi qu’à Gisèle Khoury et Walid Kassir.

Nous parlons beaucoup de Gebran, mais il faut aussi évoquer la mémoire de Samir tout autant. 

En visionnant les images du 7 août  2001, tout à l’heure, quelque chose m’a frappé – et je m’adresse précisément au Courant patriotique libre. Nous étions tous dans le même camp, celui de la lutte pour les libertés publiques et la démocratie…  Si Gebran était vivant aujourd’hui, il aurait été dégoûté par les insultes, le sarcasme et de l’effondrement du niveau du discours politique. Du toupet, aussi, et de la violence morale.

C’est la responsabilité des médias avant tout, et ils doivent l’assumer. 

D’une semaine à l’autre, j’ai par ailleurs l’l’impression de m’être réveillé à Sparte. Il n’y a pas plus que des militaires et des miliciens dans ce pays. Puisque nous sommes à la veille d’un nouveau mandat, je veux poser, comme Samir Kassir, la question suivante : Aasskar aala min ? 

Je souhaite qu’ils soient au service du citoyen et de la fondation de l’État, et pas aux dépens des libertés publiques. Les expériences avec les militaires au pouvoir n’ont pas été particulièrement heureuses. 

J’espère que le nouveau mandat ne s’édifiera pas sur les ruines de la République, des libertés et de la démocratie – en d’autres termes, de la révolution du Cèdre. 

Je veux dire aussi à tous ceux qui, au Liban, mais aussi en Syrie, pensent qu’ils sont en train de tuer la révolution du Cèdre, l‘intifada de l’indépendance, par un amendement de la Constitution ou des compromis. 

Qu’ils ne comptent pas trop sur cela. 

La révolution du Cèdre, l’intifada de l’indépendance, est enracinée en nous, et c’est une dynamique en mouvement, perpétuelle. Elle ne s’arrêtera pas. Ceux qui parient qu’elle va se gripper se trompent lourdement. 

Je voudrais enfin offrir ce trophée à deux personnes. 

Le premier est un collègue et un ami qui est décédé en 2003, mon compagnon de lutte, Rami Azzam. 

Ce trophée est à lui.

Et comme il s’agit aussi d’un trophée arabe, il y a des détenus d’opinion dans le monde arabe, parmi lesquels des journalistes – dont un que je ne connais qu’à travers ses écrits – mais que j’aimerais bien rencontrer un jour. 

J’espère qu’il sortira bientôt de prison pour cela. 

Il s’agit de Michel Kilo. 

Ce trophée est aussi dédié aux hommes libres, journalistes et démocrates qui croupissent dans les geôles syriennes, libanais et syriens. 

Je vous remercie. 


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