Touche pas à mes potes !

Michel HAJJI GEORGIOU

01/04/2009

L’Orient-Le Jour

Vraiment, c’est à croire que l’on s’offusque pour des banalités… Jacques Chirac avait bien qualifié Laurent Fabius de « roquet ». À l’issue de son mandat, François Mitterrand n’avait-il pas préféré « son chien » à Michel Rocard comme candidat potentiel à sa succession ? Plus récemment, chez nous, et dans le cadre de la dernière partielle du Metn en 2007, Michel Aoun n’avait-il pas renvoyé le président Amine Gemayel et l’ensemble de son parcours historique « en-dessous de sa ceinture » ? 

« Tous les coups sont permis en campagne électorale », nous dit-on. Certes, à partir du moment où toutes les déviations sont banalisées, ou le discours politique est même devenu indigne des borborygmes des brigands de rue. Il faut dire aussi que, depuis son retour d’exil, Michel Aoun a beaucoup contribué à élargir la sphère de la ronde des jurons. Il ne manque jamais de créativité à cet égard. Il innove, pour reprendre Goetz dans Le Diable et le Bon Dieu de Sartre – encore que Goetz, lui, ait vraiment de l’esprit. 

Les gros mots, le sarcasme, le langage des charretiers… Cela fait bonne figure. Très sexy. Cela plaît, fait très proche « du bon peuple », nous dit-on encore. Ériger la vulgarité en art ? Même Jerry Springer aurait du mal à trouver meilleure performance. Peu importe, du moment que ça fait crépiter les applaudissements des bonnes ouailles. Après tout, chacun fait ce qu’il sait faire de mieux, n’est-ce pas ?

Tous les coups sont permis en campagne électorale ? Oh que non ! Depuis toujours, un consensus minimal veut que, décence oblige, les morts puissent reposer en paix. Surtout si, de surcroît, ce sont des « héros » qui se sont battus à nos côtés. 

Ce minimum de décence, Michel Aoun s’en tape littéralement. D’ailleurs, il se vante de ne rien respecter, comme cet illustre personnage d’Alfred Jarry connu pour sa grossièreté et qui répète « mierdre » à tout bout de champ. Aucun symbole, aucune valeur n’est sacrée, aucune incartade sacrilège. 

Ainsi, Samir Kassir n’a été victime que d’un banal « incident sécuritaire ». Georges Haoui n’a pas été assassiné en raison de ses positions, mais de ses « liens extérieurs » (comprendre, en rhétorique aouniste : mafieux). L’assassinat de Pierre Gemayel – pour justifier la participation à la campagne obscène qui a suivi au Metn – a été comparé aux décès d’Albert Moukheiber et de Pierre Hélou. Et voilà que maintenant, et toujours pour les besoins d’une campagne – Dieu ce que la quête du pouvoir peut justifier comme dérives… – c’est la mémoire de Gebran Tuéni, devenu « saisonnier », qui est insultée. Gebran Tuéni, qui était, jusqu’au paroxysme de la révolution du Cèdre, la personnalité la plus appréciée des étudiants, et notamment des militants aounistes, à en croire les résultats de plusieurs sondages effectués auprès de ces jeunes au début des années 2000 !

Le pire, c’est que le chef du CPL part en guerre contre les proches de ces victimes, au sein du 14 Mars, en les accusant « d’usurper à des fins de récupération politique les martyrs de tout un peuple ». Toute la campagne du Metn en 2007 contre le président Gemayel a été menée sur cette base. Soit. Michel Aoun, il faut le lui reconnaître, a une bien étrange manière de jurer fidélité aux « martyrs de la patrie » : à coup d’insultes et de flétrissures. 

Mais c’est bien connu, allez… qui aime bien châtie bien. 


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