Michel HAJJI GEORGIOU
29/11/2010
En avril-mai 2001, et malgré le temps dévolu aux études à la faculté de sciences-politiques de l’USJ, j’entamais pour L’Orient-Le Jour une série d’interviews avec des personnalités politiques d’horizons différents sur la nécessité et la possibilité d’un dialogue national sur les points fondamentaux de divergence, y compris l’occupation syrienne militaire et politique du pays. Tout le monde parlait en effet de « dialogue », mais le pouvoir prosyrien y voyait à l’époque un moyen d’amollir les positions de l’opposition et d’en noyer les revendications dans un magma informe de problèmes, loin de la question fondamentale, en l’occurrence celle de la souveraineté. Pour moi, le thème du dialogue était un moyen de manœuvrer, au plan journalistique, pour poser justement la problématique de l’occupation syrienne avec différentes personnalités (et tenter, peut-être, de rapprocher les points de vue), dans la mesure où il était très difficile d’aborder les vrais sujets de front sans se heurter aux interdits…
J’avais vu ainsi successivement Élias Abou Assi, secrétaire général du Parti national libéral, juste après la formation du Rassemblement de Kornet Chehwane rassemblant les différentes composantes de l’opposition chrétienne sous l’égide du patriarche maronite, puis Habib Sadek, extraordinaire figure démocratique chiite de gauche opposante au Hezbollah, ultérieurement sacrifiée en 2005 par Walid Joumblatt sur l’autel de l’alliance quadripartite avec le Hezbollah et le mouvement Amal, l’ancien bâtonnier Chakib Cortbawi, membre du Bloc national à l’époque, mais proche du courant aouniste, Najah Wakim, du Mouvement du Peuple, Joseph Bahout, à l’époque encore membre du Renouveau démocratique de Nassib Lahoud, Dory Chamoun, chef du Parti national libéral, Doreid Yaghi, vice-président du Parti socialiste progressiste, et Albert Moukheiber, pour sa dernière interview à L’Orient-Le Jour, un an avant son décès.
La dernière interview était avec le chef du Courant patriotique libre, Michel Aoun, en exil à Paris, par téléphone. Il s’agissait, si je ne me trompe pas, de la première interview du général Aoun depuis de longues années, compte-tenu des pressions exercées sur les journaux par la Sûreté générale de Jamil Sayyed à l’époque et de la « justice » d’Adnan Addoum. J’avais beaucoup insisté pour la faire, et c’était là le début d’une excellente relation avec lui (d’une amitié, même), interrompue abruptement fin 2006-début 2007 après son alignement total sur le Hezbollah.
Aoun avait été particulièrement critique du discours et de la stratégie du Rassemblement de Kornet Chehwane, une sombre prémonition de la lutte que se livrent actuellement les courants chrétiens du 14 Mars et le CPL. A la différence qu’à l’époque, Aoun faisait de la surenchère ultrasouverainiste et antisyrienne. Le voilà aujourd’hui fidèle allié du régime syrien.
Puis les rafles dans les rangs du CPL et des Forces libanaises du 7 août 2001, puis la ratonnade des étudiants par les services de renseignements libano-syriens en civil devant le Palais de Justice le 9 août 2001, et enfin le sérieux revers infligé par la Syrie et Emile Lahoud à Rafic Hariri avec le double-vote contradictoire en une semaine au Parlement sur le Code de procédure pénale devaient mettre fin à cette illusion de dialogue…
Voici deux des interviews réalisées à cette époque, avec Élias Abou Assi et Michel Aoun.
Entretien – « Nous avons établi des contacts avec Joumblatt, Husseini, Karamé et Sadek », affirme le secrétaire général du PNL
Élias Bou Assi : Le document pave la voie au dialogue
Michel HAJJI GEORGIOU
11/05/2001
L’Orient-Le Jour
Élias Bou Assi milite dans les rangs du Parti national libéral (PNL) depuis 1969. Professeur en relations internationales à la faculté de droit et de sciences politiques de l’USJ, il fait partie des personnalités qui ont assisté aux assises de Kornet Chehwane, en tant que représentant du PNL – dont il est secrétaire général depuis environ deux ans – et qui ont signé le document final proclamé à Bkerké. Un document qui, selon lui, constitue une invitation au dialogue entre tous les Libanais, en parallèle au dialogue entre l’État libanais et l’État syrien sur la présence syrienne et le rééquilibrage des relations. Un dialogue d’État à État qui, selon lui, est nécessaire, mais qui ne saurait donner de résultats concrets s’il n’est pas fondé sur des intentions sincères.
Mais quelles sont exactement les spécificités et les objectifs du rassemblement de Kornet Chehwane? Pour M. Bou Assi, il en existe trois : «D’abord, montrer qu’il existe des constantes qui unissent tout le monde et qu’il n’y a plus lieu, pour le pouvoir et pour la Syrie, de porter des accusations à l’encontre de quiconque. Ensuite, déterminer des points de repère pour sortir de la confusion au moment où prolifèrent les appels au dialogue de notre part et de la part de l’État. Enfin, synthétiser toutes les positions d’appui aux patriarche dans le cadre d’un papier unique portant le label de Bkerké».
La problématique Taëf, un guet-apens
Où en est le PNL de l’acceptation des accords de Taëf , après sa signature du document de Kornet Chehwane, contrairement aux deux autres mouvements politiques – le Bloc national et le courant aouniste – qui rejettent toute allusion à cet accord depuis 1989 ? Ce document ne le place-t-il pas sous le plafond de Taëf ? «Nous récusons la problématique selon laquelle il faut se situer par rapport à Taëf. Cette dialectique Taëf/anti-Taëf est un guet-apens», répond M. Bou Assi. Selon lui, «il est inconcevable qu’on puisse mettre un État au service d’un papier. Ce qui nous intéresse, c’est l’État-nation libanais, et la présence syrienne, qui a dépassé toute logique acceptable à travers ses interférences dans les affaires quotidiennes».
Il évoque une réunion du comité de coordination groupant le Courant patriotique libre (CPL-aouniste), les Forces libanaises (FL) et le PNL peu avant celle de Kornet Chehwane. «Nous y avons étudié deux hypothèses : soit que le mot “Taëf” ne figure pas du tout dans le document final, soit que, s’il y figure, nous nous abstenions de signer, sauf si la mention stipule “un redéploiement en prélude au retrait selon un calendrier arrêté”. «Grâce à cette mention, nous allons au-delà de Taëf. De plus, le fait de demander la mise en application d’un accord n’exige pas de vous une adhésion ou une reconnaissance», ajoute-il, avant de renchérir : « D’ailleurs, qu’est-ce qui reste de Taëf ? Parti boiteux, il n’existe plus rien du comité qui l’a créé. Le nombre de parlementaires qu’il prévoyait a été dépassé, la loi électorale n’a pas été améliorée. L’accord s’est complètement effondré. Que dire alors de la période de deux ans prévue pour le redéploiement de l’armée syrienne?”.
Il résume ainsi la situation de Kornet Chehwane: «Il y avait deux positions : la nôtre, qui soutient que si les Syriens voulaient appliquer Taëf, ils l’auraient fait depuis longtemps, et celle de ceux qui sont acquis à Taëf, selon laquelle il n’y a d’autre document que celui-là pour obtenir le retrait syrien. À partir de là, ou bien chacun va camper sur ses positions, ce qui aurait provoqué l’éclatement de la réunion. Il fallait trouver un accommodement : mentionner l’accord de Taëf pour satisfaire les “taëfistes”, et évoquer le mot “retrait” que nous réclamons». Et de conclure : «En ce qui concerne le PNL, dans notre inconscient, il n’y a pas d’accord de Taëf. Il y a des réformes sur base de revendications musulmanes et le volet de la présence syrienne qui reste à réaliser».
Il revient ensuite à la charge au sujet de la présence syrienne : «Accords de Taëf ou pas, il y a un pays à sauver. Les réformes prévues par l’accord ont été appliquées, avec notre consentement total. Reste la question de la présence syrienne. Comment peut-on concilier une présence armée, hégémonique avec “la patrie définitive, indépendante et souveraine” du préambule de la Constitution ?».
La notion de redéploiement ne suffit pas
À la lumière de cette explication, M. Bou Assi explique son insistance sur l’importance de la nouvelle formulation : «On ne pouvait pas se contenter du mot redéploiement. On peut redéployer une armée indéfiniment: tantôt à gauche, tantôt à droite, pour la ramener ensuite au centre. Il faut qu’il y ait un engagement pour le retrait total syrien. Nous savons que l’armée a besoin de temps pour se retirer compte tenu des impératifs stratégiques dans la lutte contre Israël». «Le PNL réclame simplement l’élaboration d’un calendrier qui soit l’œuvre des deux gouvernements libanais et syrien. Nous pensons que ce ne serait pas humiliant pour cette armée de rendre public ce calendrier».
Concernant le «dialogue» dont il est de plus en plus question, M. Bou Assi rappelle que «tout a commencé depuis des années, dans les communiqués du PNL, de l’opposition Kataëb, du CPL et des FL, la revendication du retrait syrien, jusqu’à la montée progressive du patriarche Sfeir au créneau, consacrée le 20 septembre par le manifeste des évêques».
Pour M. Bou Assi, la réponse du pouvoir était claire : pas de dialogue entre les institutions. «On a voulu jeter le froid entre le patriarche et le président, et déplacer le conflit entre Libanais et Syriens au niveau chrétiens-syriens, puis chrétiens-musulmans, à travers la fameuse manifestation des épées et des couteaux et les communiqués des ulémas du Akkar. On a fait parler les uns et les autres, avant la confrontation directe entre la présidence de la République et Bkerké», estime-t-il.
Selon lui, il est aujourd’hui question de deux dialogues : «Comme l’a préconisé le patriarche, le dialogue doit se faire d’État à État. Nous pouvons y gagner une reconnaissance réelle de l’indépendance de l’État libanais. Mais nous sommes par ailleurs pour un dialogue inter-Libanais, au niveau de la société civile».
«Le document que nous avons préparé répond à ces deux impératifs. D’un côté, il fallait se rassurer mutuellement entre chrétiens et musulmans, pour que les autres ne puissent plus jouer sur les contradictions confessionnelles libanaises. Nous avons donc cherché à être le plus explicite possible au sujet de l’identité arabe, de la reconnaissance des réformes de 90, du soutien à la Syrie dans sa lutte contre Israël, du soutien à l’intifada. Cependant, nous nous attachons à la souveraineté, la libre décision et l’indépendance», explique-t-il.
«Si le premier dialogue fait défaut par la force ds l’équilibre des forces, l’autre ne doit pas buter sur des obstacles importants. Nous avons noué des contacts avec MM. Hussein Husseini, Walid Joumblatt, Omar Karamé, Kamel el-Assaad, le Forum démocratique de Habib Sadek, le PC. Et cela va continuer. Nous pouvons garantir un dialogue entre les Libanais, mais nous n’avons pas d’emprise sur l’autre dialogue», affirme le secrétaire général du PNL.
Mais le boycott par Mgr Sfeir de la visite du pape à Damas n’est-elle pas un signe négatif ? «Tout est négatif, mais nous voudrions croire le contraire et attendons des signes concrets». En fin de compte, «tout dépend de la bonne volonté et de la sincérité de Syriens. S’ils continuent à raisonner en termes visant à contenir les mouvements de contestation, à jouer sur les contradictions de la société et à miser sur le temps pour laisser passer la tempête, je vois mal comment nous pourrions obtenir un dialogue d’État à État. La balle serait alors dans le camp des Libanais et chacun serait amené à se déterminer en son âme et conscience».
Dans son pari sur le dialogue entre les Libanais dans le cadre d’une volonté commune de résoudre la crise économique, M. Bou Assi note toutefois sa crainte que «la Syrie n’opte pour une politique d’endiguement et tente de saper l’unité de notre groupe». Quant aux voix qui s’élèvent pour taxer le rassemblement de chrétiens, il leur répond calmement : «Aucune des dispositions du document n’est chrétienne. Mais une large fraction, qui réclame la liberté du pays, non pas des dividendes, s’estime lésée et exclue. Cette réunion est avant tout une invitation au dialogue».
Que pense-t-il de l’exode massif des jeunes, des futurs cadres, vers l’étranger ? Ne sabote-t-il pas toute tentative de normalisation ? «C’est l’une des raisons qui nous font agir de plus en plus vite. Il y a une hémorragie très grave. Les réformes administratives entamées pour y remédier se sont avérées être un véritable marché de dupes et un échec qui a eu des répercussions négatives sur le moral des jeunes. L’État de droit et des institutions s’est effondré comme un château de cartes». «Si j’étais l’État, je prendrais le risque d’engager le dialogue avec les jeunes, pour expliquer mon point de vue. C’est le contraire qui a eu lieu. Si quelqu’un manifeste, c’est un anarchiste ou un traître. C’est comme si on voulait pousser les jeunes à l’exode. Rien n’a été fait pour les retenir et les impliquer. Au contraire, on cherche à les dégoûter, à coup de slogans. L’État de droit s’avère être pour eux l’absence de libertés, la répression, une suite d’accusations portées par les plus hauts placés contre les plus jeunes».
Et d’inviter l’État à paver la voie au dialogue pour juguler les deux crises, politique et économique, qui secouent le Liban, en s’inspirant du mot de Walid Joumblatt «Hanoï ou Hong-Kong» : «Le dialogue aujourd’hui est une opportunité qu’il ne faut pas abandonner. Or, quand un “Cabinet d’union nationale” est fait de la même pâte, c’est d’un monologue qu’il s’agit, et non plus d’un dialogue».
Interview Express – L’ancien Premier ministre estime qu’aucun dialogue n’est possible sous « l’occupation syrienne »
Michel Aoun : L’opposition doit recourir à l’escalade
Michel HAJJI GEORGIOU
03/08/2001
L’Orient-Le Jour
Le général Michel Aoun demeure fidèle à lui-même. Un personnage hors normes, inflexible sur les principes qu’il a érigés en slogan politique depuis bien des années déjà. Le général reste convaincu de la nécessité de donner des coups de pied de l’extérieur, dans la tradition des ses hommes habités par une cause qui dépasse toutes les contingences.
Pour Michel Aoun, le dialogue ne saurait faire fi de la souveraineté, de l’indépendance et de la libre décision, une position sur laquelle il campe depuis bien longtemps. Pense-t-il qu’il y a eu une reprise du dialogue ? «Le manifeste de Bkerké constituait une base saine pour une position nationale. Ensuite, il y a eu une rencontre au niveau des différentes positions, mais personne n’a élevé son discours à notre niveau. Au contraire, ils ont tenté d’abaisser le nôtre. Certaines figures politiques de premier plan ont prétendu que le discours souverainiste a été lancé par M. Walid Joumblatt, semant le trouble, au niveau de ce discours, lequel reposait sur des bases saines et nationales. Après le 20 septembre, il y a eu les réunions du groupe de Kornet Chehwane, puis la publication du document, lequel ne peut être comparé le communiqué de Bkerké en raison de son attachement à l’accord de Taëf. Nous avons quitté le groupe parce qu’il a dévié de la trajectoire initiale».
Il estime par ailleurs que le document du Forum démocratique «était meilleur que celui de Kornet Chehwane, mais tous ces documents n’arrivent pas à atteindre le niveau de patriotisme requis. Ils sont toujours en deçà de l’occupation syrienne, alors que nous n’avons pas de limites, pas de plafond. Nous ne pouvons admettre l’idée d’œuvrer avec un courant politique qui ne reconnaît pas, en toute sincérité, qu’il y a une occupation syrienne du Liban et que la Syrie doit programmer son retrait». Et de souligner : «Jouer sur les mots peut nous être fatal. Ce «prélude au retrait», dont ils parlent, c’est pour quand ? Tout cela, c’est de la récupération pour que le peuple libanais ne se libère pas».
Pourtant Kornet Chehwane évoque le redéploiement en prélude au retrait total. Ne va-t-il pas au-delà de certaines limites ? «Non. L’opposition revendique la souveraineté, son rôle n’est pas de réclamer le dialogue avec le pouvoir. L’opposition pose ses conditions, et à partir de là, elle a recours à l’escalade. Or le pouvoir est passé outre au document de Kornet Chehwane… Que va faire cette opposition maintenant ? S’il y avait un plan d’escalade pour que le peuple libanais tout entier descende dans la rue et fasse entendre ses revendications, ça irait. Les membres de l’opposition ne sont ni en train de faire de la résistance populaire ni d’œuvrer pour l’indépendance du pays».
Vise-t-il toute l’opposition à travers ses critiques ? «Toute opposition qui ne cherche pas à en finir avec l’occupation syrienne est nulle. Walid Joumblatt s’est invité chez moi. Il a dit qu’il venait me voir. Quand il est arrivé à Paris, il a changé d’avis. Il m’a posé comme condition de reconnaître Taëf. Je ne l’avais même pas invité, et il s’est mis à me poser des conditions. Vous trouvez que c’est concevable ?».
S’il y a formation d’un front sur la scène politique libanaise aujourd’hui, accepterait-il d’en faire partie, indépendamment de l’accord de Taëf? «Je le répète, je ne suis pas prisonnier de certains mots, mais eux sont prisonniers de leur culpabilité vis-à-vis des Libanais, celle d’avoir été à Taëf. Ils pensent qu’ils peuvent sauver le Liban à partir de Taëf. Qu’ils admettent qu’ils ont eu tort, qu’ils ont été bernés, et qu’on en finisse avec cette histoire. Ils refusent également de parler d’occupation syrienne. Si nous n’avons pas l’audace d’appeler un chat un chat, comment allons-nous faire face à l’occupant ?».
Donc, en substance, il n’y a pas de dialogue pour le général Aoun ? «Un dialogue avec qui, et dans quel but ? Sur la terminologie ? Que faut-il faire, adopter une nouvelle définition de la souveraineté, celle qu’utilise (le président de la Chambre) Nabih Berry ou (le chef des SR syriens au Liban) Ghazi Kanaan, pour l’imposer au monde entier ?», s’interroge-t-il.
Le PNL ou le PSP soutiennent que votre a priori quant à Taëf n’est pas pratique ou pragmatique. Qu’en pensez-vous ? «Regardez où Taëf nous a menés. S’ils sont satisfaits de la situation actuelle, ils sont dans leur droit. Sinon, qu’ils se taisent. Leurs positions pragmatiques ont fait du pays un enfer».
N’y a-t-il donc personne dont il juge le discours satisfaisant ? «Nous tenons un discours souverainiste clair. Celui qui veut l’adopter est le bienvenu. Nous sommes contre le compromis sur la souveraineté, l’indépendance et la libre décision. Je suis prêt à rencontrer tout le monde, à condition qu’une fois d’accord sur quelque chose, ils n’aillent pas parlementer pour savoir s’ils vont pouvoir signer ou pas». Et de relever son «respect pour le Dr Albert Moukheiber, le seul à avoir conservé un discours national».
La souveraineté « volée »
Pense-t-il toujours que le redéploiement de l’armée syrienne est un «grand mensonge» ? «C’est un bon terme pour qualifier cette initiative. Que les Syriens commencent par annoncer eux-mêmes qu’il s’agit d’un redéploiement en prélude au retrait».
Pense-t-il que l’armée syrienne va se retirer du Liban ? «S’il y a un soldat en poste à Masnaa, cela veut dire que l’armée syrienne est encore au Liban. Il faut que la Syrie cesse son occupation du Parlement, du palais de Baabda et du palais Bustros. Par contre, cela ne nous gêne pas que des soldats syriens soient postés au Liban pour des raisons stratégiques».
Il n’y a donc pas, selon lui, de possibilité de rééquilibrer les relations libano-syriennes ? «Non. Qu’est-ce que c’est que ce chef* qui affirme que c’est la Syrie qui a rétabli la souveraineté du Liban. Mais enfin, qui nous a volé notre souveraineté ? L’armée syrienne. S’il ne sait pas ce qu’est la souveraineté, comment dialoguer avec lui ?».
Quel avenir, selon lui, si la question du rééquilibrage des relations libano-syriennes n’est pas réglée ? Peut-on imaginer un scénario-catastrophe ? «La catastrophe s’est produite. Il faut préparer un scénario de salut, notamment au plan économique. À mon avis, l’entente politique est à la base de tout. Mais l’obstacle principal, c’est que le dialogue est interdit à Beyrouth».
Ne préférerait-il pas rentrer au Liban pour prendre les commandes de son courant ? «Mon retour est important, mais il se fera dans le cadre de circonstances que je définirais moi-même. Quand ces circonstances se mettront en place, je reviendrai. Et qui sait, mon retour va peut-être créer la surprise».
Quel message aimerait-il adresser aux militaires pour la fête de l’armée ? «Je ne célèbre pas cette fête et je les appelle à en faire de même. Il ne s’agit pas d’une fête, mais d’une commémoration. Nous fêterons le Liban quand l’armée aura, seule, rétabli sa souveraineté sur l’ensemble du territoire, notamment au Liban-Sud et dans les camps palestiniens et qu’elle n’appliquera plus les ordres de l’occupant».
Et de conclure : «Après le retrait syrien, un seul mot nous permettra de nous réunir». Intransigeance, pugnacité toujours de mise, donc. Rien ne pourrait mieux définir le général aujourd’hui que ce vers extrait du «Cygne»* de Mallarmé : «Tel qu’en lui-même un jour l’éternité le change»…
*Le général Aoun voulait dire « ce chef de l’État, Emile Lahoud ». L’autocensure est malheureusement passée par là, au niveau des secrétaires de rédaction du journal.
*Il s’agit d’une erreur. Ce vers est en fait extrait – j’ai réalisé ma méprise plus tard – du Tombeau d’Edgar Poe. Il reste qu’il résume fort bien Michel Aoun, tout compte fait.
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