Michel HAJJI GEORGIOU
30/11/2010
La veille du 7 août 2001, date des arrestations de cadres et de militants aounistes et FL à Antélias en réaction à la réconciliation de la Montagne entre le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, et le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, Michel Aoun avait donné une conférence par téléphone dans le village de Bejjé, à Jbeil, suivie d’un dialogue avec trois journalistes, dont l’un devait être arrêté arbitrairement quelques jours plus tard, Habib Younès, et l’autre, Samir Kassir, assassiné près de quatre ans plus tard.
J’avais assisté à cette conférence, qui se déroulait sous très haute surveillance de l’armée et des services de renseignements, et j’en avais fait un petit compte-rendu pour L’Orient. L’intérêt principal de ce papier est le passage souligné ci-dessous en gras, dans lequel le chef du CPL demande : « Nous avons le droit de vivre en paix. Pourquoi tous les autres fronts arabo-israéliens se sont tus sauf le nôtre ? Qui a investi le Hezbollah de la mission de libérer Jérusalem et le Golan ?». Excellente question. Pourquoi n’est-elle plus de rigueur aujourd’hui ? Parce que le Général a signé son document d’entente avec le Hezbollah et s’est placé sous l’ombrelle syrienne ?
Dans un monde imaginaire, dans mes rêves les plus fous, je rêve d’une confrontation directe entre Aoun version Paris (Dr.Jekyll) et Aoun version Hezbollah/Damas (Mr.Hyde). Mais rien que dans un monde imaginaire. Dans l’esprit du chef du CPL, c’est Mr. Hyde qui a déjà gagné.
Pour la petite anecdote, le jour des rafles du 7 août, contacte par téléphone à partir de L’Orient, Michel Aoun m’avait lâché cette plaisanterie : « Tlaana aala Bejje wou bajjouna » (Littéralement : Nous sommes montés à Bejjé et ils nous ont fait exploser ». Inutile de préciser qu’il en faisait assumer totalement la responsabilité à Emile Lahoud et à l’appareil sécuritaire libano-syrien. Aujourd’hui, c’est Rafic Hariri qui est rétroactivement désigné comme nouveau coupable… Les temps changent, et l’histoire est en réécriture permanente chez Aoun…
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Aoun promet d’appeler à une rencontre pour le dialogue à Paris
Michel HAJJI GEORGIOU
07/08/2001
L’Orient-Le Jour
Près de 300 personnes ont applaudi vendredi l’ancien chef du gouvernement de militaires, le général Michel Aoun, dans une causerie à Bejjé avec deux journalistes sur le thème «Le Liban entre les rebondissements régionaux et la demande de retrait syrien», organisée par le Courant patriotique libre (CPL – aouniste) et animée par le journaliste Habib Younès (al-Hayat). À cette occasion, l’ancien commandant en chef de l’armée a réitéré ses appels au dialogue, loin de toute pression extérieure, et plus explicitement syrienne, et à une participation populaire dans l’acception la plus large du terme.
Tony Moukheiber, président du comité des écoles au sein du courant aouniste, donne d’entrée le ton du débat, estimant que la prochaine étape s’inscrit sous le signe de la «confrontation populaire pacifique». «Les Libanais, le CPL en tête, clameront bientôt haut et fort leur refus de l’occupation syrienne», a-t-il poursuivi.
«L’occupation syrienne du Liban est illégale, à tous les niveaux. Aucun texte de droit international ne peut la légitimer. Il ne faut plus vivre dans l’attente d’une solution, mais au contraire s’y préparer, pour ne pas être dépassé par les événements lorsqu’elle interviendra», estime Michel Aoun, réfutant par là la théorie selon laquelle la solution à la question libanaise passe nécessairement par le règlement du dossier régional. «Le Liban a toujours joué le rôle de bouc émissaire dans la région», souligne-t-il. Et d’ajouter : «Nous avons le droit de vivre en paix. Pourquoi tous les autres fronts arabo-israéliens se sont tus sauf le nôtre ? Qui a investi le Hezbollah de la mission de libérer Jérusalem et le Golan ?»
Face à «l’occupation syrienne», Michel Aoun appelle à la mobilisation populaire, à un indispensable sursaut de conscience. Pour lui, «l’indépendance ne se mendie pas, elle se prend».
«Cela fait dix ans que nous entendons le même discours, général. Il y a une dynamique au Liban dont il faut tenir compte : nous pouvons créer une force politique pour le changement», intervient l’un des deux journalistes, Fouad Daaboul (al-Anwar). «Nous sommes disposés à tout dialogue dans le cadre de la souveraineté du Liban et des procédés démocratiques», répond Michel Aoun.
«Y a-t-il un véritable changement dans votre discours politique, comme nous l’avons senti dans vos dernières interventions, général ? Ne pensez-vous pas que tout ce qui s’est produit sur la scène libanaise dans le courant de l’année est un acquis ?» À cette interrogation de Samir Kassir (An-Nahar), Aoun répondra franchement : ce qui l’éloigne, pour l’instant, de l’opposition basée au Liban, c’est certes «un désaccord sur le niveau du discours à adopter», mais aussi «le refus par cette opposition de recourir à la résistance populaire, voire à la désobéissance civile».
Pour Aoun, la solution ne peut provenir que du peuple et des manifestations. Il promet toutefois de lancer un nouvel appel pour une table ronde sur le dialogue à Paris.
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