¡Viva el Líbano libre!

Michel HAJJI GEORGIOU

25/01/2012

L’Orient-Le Jour

Les derniers propos du général Michel Aoun auraient sans aucun doute fait la joie de grands spécialistes – et pas que de la science politique ou du droit constitutionnel.

L’appel à « des rassemblements populaires contre l’État » sur la question du courant électrique relève d’une vision, sinon d’une compréhension, pour le moins assez curieuse du système politique.

Admettons, ne serait-ce que par pur concept opératoire, qu’en tant que « représentant des intérêts du peuple », le chef du CPL ait la responsabilité de protéger les intérêts du citoyen et de dénoncer les dysfonctionnements des institutions étatiques et des dirigeants.

Sur le plan du principe, par hypothèse, le général Aoun aurait donc raison.

Cependant, dans un effort sublime et subliminal de manipulation politique, mais banalement propre à tous les populismes de la planète, Michel Aoun a recours à un procédé vieux comme le monde : jouer la carte, au plan rhétorique, de l’opposition ultra, alors qu’il est bien installé, avec ses alliés, aux commandes du pays. C’est de chez lui, à Rabieh, que le gouvernement Hariri a chuté ; il se targue de posséder le plus grand bloc au sein de la majorité, aussi bien à la Chambre qu’au gouvernement ; et le ministère responsable des errances contre lesquelles il souhaite manifester à présent est celui qui est jalousement possédé par son protégé, son gendre, Gebran Bassil.

Si l’argument populiste tenait quelque peu encore durant la période du « cabinet d’entente nationale » de Saad Hariri, lorsque Michel Aoun pouvait blâmer l’ex-majorité du 14 Mars de tous les maux de la planète empêchant le « changement et la réforme », la logique ne tient plus vraiment la route maintenant. Qui plus est concernant le ministère de l’Énergie, qui a principalement été dévolu depuis les années 90 à des ministres appartenant au camp prosyrien, et plus particulièrement à des partis qui sont tous actuellement les alliés politiques du général Aoun.

L’on comprend mieux ainsi pourquoi, dans son appel aux masses populaires partisanes, le chef du CPL n’arrive pas encore à déterminer cette fois la cible, l’ennemi, objectif qu’il a fixé pour « les prochains jours ».

L’éternelle théorie du complot et l’appel des masses au secours du messie incompris et pourchassé pour son innocence, son authenticité, sa pureté et son angélisme face aux démons de toutes sortes est déjà archi-usé dans l’histoire, mais personne ne l’a autant épuisé ces dernières années, jusqu’aux limites de l’intelligence et de la raison, et dans tous les domaines et en toutes circonstances, que Michel Aoun et ses seconds.

À tel point que l’artifice relève désormais de l’anecdote.

Pire encore, du grotesque.

L’on raconte qu’au cours d’une tentative d’insurrection populaire à Cuba contre la dictature castriste, dans la dernière décennie du siècle dernier, Fidel Castro s’était hâté de participer personnellement aux manifestations et en avait même pris la tête. Face à l’étonnement suscité par sa démarche pour le moins paradoxale, le lider maximo avait eu cette phrase surprenante, machiavélique : « Mon peuple fait la révolution ? Je suis un révolutionnaire ! Je fais donc la révolution avec mon peuple! »

Mais le Liban n’est pas Cuba, et Michel Aoun n’est pas Fidel Castro qui a aujourd’hui le grand mérite – très probablement le seul mérite au terme d’un parcours infâme – d’enterrer sa carrière politique loin de ses exhortations et autres envolées glorieuses de jadis, dans le silence le plus total.


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