À Rayane

Michel HAJJI GEORGIOU

12/07/2012

L’Orient-Le Jour

Elle s’appelait Rayane Amjad Amian, elle n’avait pas huit ans. Sa vie n’était pas que douceur et que nuages blancs. Mais Bachar el-Assad a quand même décidé d’en finir avec elle. Comme il l’a fait d’ailleurs, au quotidien, depuis près de deux ans, avec des centaines d’enfants innocents.

Rayane s’en est allée dimanche. Tuée net par une balle en plein cœur, lorsque les miliciens d’Assad ont tiré à bout portant sur un bus rempli de femmes et d’enfants qui tentaient de fuir Deraa, ville-martyre. Rayane a poussé son dernier soupir dans les bras de sa maman.

Si elle était née en 1929 à Munich, le sourire de Rayane aurait ému le monde – à juste titre. Mais Rayane est née en 2009, trop loin des yeux du monde, dans l’indifférence quasi générale. Le mythe du principe sacro-saint d’assistance à population en danger, Kofi Annan est en train d’achever de l’enterrer dans ses dialogues stériles avec Assad. Silence, M. Annan. Pendant que vous déblatérez inutilement sur un éventuel dialogue avec le régime syrien, ce dernier, lui, se moque du monde et massacre allègrement.

La petite Rayane ne provoquera non plus aucune émotion chez Vladimir Poutine ou Sergueï Lavrov, c’est certain. Encore moins chez les dirigeants chinois. L’immoralité, dissimulée sous des intérêts stratégiques ou financiers quelconques, n’a que faire de quelques centaines de petites filles tuées ou violées, c’est bien connu.

Des émotions, il ne faut certainement pas en attendre des responsables du Hezbollah, ou de ses maîtres à Téhéran. C’est là-bas qu’on faisait marcher, rappelons-le, les petits enfants sur des mines, durant la guerre Iran-Irak. Les martyrs, c’est sacré. Mais seulement chez « nous », au sein de « notre » spectre idéologique. Et seulement lorsque c’est Israël qui les massacre, en Palestine ou au Liban-Sud. Les autres peuvent crever, qu’importe : ce sont des « ennemis ». Ils n’ont pas « d’honneur » ou de « noblesse ». Ils sont d’une caste inférieure.

Rayane rappellera-t-elle néanmoins à Michel Aoun et ses gendres respectifs, ministres et militaires, ses délicieux et formidables petits-enfants – que Dieu leur prête longue vie ? On peut l’espérer. Sans trop y croire, cependant. La famille passe avant tout. Même lorsqu’on a fait mine de hurler contre l’establishment féodal et clanique depuis des années.

Évoquera-t-elle aux prélats chrétiens syriens et libanais tous ces petits gamins adorables parés de leurs plus beaux habits pour célébrer les Rameaux et respirer la vie à pleins poumons ? On peut en douter : la préservation d’une représentation fantasmatique de la « communauté » est devenue depuis longtemps, chez bon nombre d’entre eux, plus importante que la vie humaine, que l’innocence d’un enfant.

Najib Mikati et ses ministres s’en attendriront-ils ? En sont-ils encore capables, ou bien le pouvoir rouille-t-il jusqu’aux moindres petits recoins de l’âme humaine ? Combien faut-il de morts pour se découvrir une conscience ?

La beauté pure de Rayane laissera-t-elle enfin définitivement sans voix le grotesque Adnane Mansour ? Cela, on peut l’espérer de tout cœur. Et au plus tôt.

Pouah. Comme il fait mal de vivre en ce début de XXIe siècle.


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