Michel HAJJI GEORGIOU
24/07/2012
L’Orient-Le Jour
Il y a décidément quelque chose de particulièrement intrigant dans cette image étrange de la délégation du bloc du Changement et de la Réforme, présentant ses condoléances dimanche à l’ambassade de Syrie, après l’attentat contre les responsables sécuritaires de la cellule de crise du régime syrien à Damas. Non que l’image ne soit pas compréhensible rationnellement, du point de vue des intérêts politiques et des enjeux de pouvoir. Sur ce plan-là, le général Michel Aoun et son parti ont effectivement fait leurs jeux depuis longtemps. Partant, abordée uniquement dans une approche séquentielle qui commencerait en mai 2005, l’image s’inscrit presque naturellement dans son contexte. Inutile, donc, d’en faire tout un tumulte.
Or le problème se situe justement à un autre niveau, dans l’impression de cohérence que le Courant patriotique libre tente encore de donner de lui. Le problème de l’approche séquentielle, quand toute la légitimité du parti et de sa figure de proue est fondée sur des positions et un passé vieux de plus de vingt ans, c’est qu’elle n’opère malheureusement pas. Pour assurer une continuité logique qui relève désormais de la pure mythologie, sinon du fantasme, il paraît donc nécessaire de se livrer continuellement à une réécriture de l’histoire. Le phénomène n’est d’ailleurs pas propre au CPL, mais touche plus d’un parti libanais. Le problème, c’est que là où d’autres admettent des erreurs de parcours, le CPL continue de vivre, lui, dans un moi narcissique idéalisé à outrance et la condescendance maladive naturelle qui en découle.
Certes, tout attentat est condamnable sur le principe. Mais il ne faut pas pousser la flagellation trop loin non plus. Les responsables sécuritaires qui ont péri dans l’attentat sont ceux-là mêmes qui, il y a plus de vingt ans, ont fait assiéger le palais de Baabda, bombarder sans pitié le « bouclier humain » déployé par Michel Aoun autour de son palais, envahir le « réduit chrétien » le 13 octobre 1990, assassiner et disparaître des centaines de civils et de militaires (et au moins deux religieux), violer des dizaines de femmes et de jeunes filles… Pour ne parler que des crimes commis contre l’armée fidèle au général Aoun et contre ses partisans, sans évoquer les 20 000 victimes de ces criminels depuis deux ans en Syrie. Faut-il, partant, aller au bout de son syndrome de Stockholm en pleurant ses bourreaux ?
La question essentielle, pourtant, reste intacte : tout cela peut-il ne pas laisser des séquelles graves non seulement sur le parti politique en question ? N’est-il pas temps de s’extirper du passé mythique et de tirer les leçons du présent ? En l’occurrence que le régime syrien n’est plus qu’un cadavre politique et que les chrétiens du Liban – tous, à commencer par ceux qui se targuent toujours d’en représenter la majorité – n’ont-ils plus mieux à faire aujourd’hui que de pleurer et se lamenter sur le sort d’une bande d’assassins ?
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