Évitons de sombrer dans la barbarie

Michel HAJJI GEORGIOU

15/10/2012

Allocution de clôture (faite en arabe) du meeting de solidarité avec May Chidiac au secrétariat général du 14 Mars – Achrafieh. 

Mesdames, Messieurs,

En écho à ce qui a été dit aujourd’hui, et après l’atteinte dont a été victime notre collègue May Chidiac sur les réseaux sociaux et dans certains espaces virtuels, nous réitérons notre condamnation absolue de toutes les formes de violence, et plus particulièrement de la violence morale.

Car cette violence, lorsqu’elle surgit, ne témoigne que d’une seule chose : une volonté dangereuse d’annuler l’autre, de l’assassiner symboliquement.

Et chacun sait où mène ce chemin : ouvrir la voie à la banalisation, puis à la prolifération de la violence physique.

C’est là un développement inquiétant, contre lequel nous avons, à plusieurs reprises ces dernières années, mis en garde, en soulignant la différence essentielle entre une culture du lien et de la paix, et une culture de l’exclusion, qui nous enferme inexorablement dans le cercle vicieux d’une violence sans fin.

Ce dont a été victime May Chidiac est une preuve supplémentaire, douloureuse, de l’effondrement progressif de toutes les règles du dialogue et de tous les tabous protecteurs, et du basculement de notre société dans un gouffre dont elle ne ressortira pas indemne.

Cette dégradation du discours public nous ramène aux pires travers : ceux du racisme, du tribalisme, et parfois même à la tentation de détruire toutes les valeurs éthiques sur lesquelles repose notre société et, au fond, notre humanité.

Jusqu’à risquer de revenir aux temps du chaos, de la sauvagerie et de la barbarie.

Et ce risque, nous le connaissons bien : il est celui de retomber dans l’épreuve tragique de la guerre civile, dont nous avons payé, collectivement, un prix démesuré, en vies humaines comme en destructions.

C’est pourquoi, et parce que nous croyons profondément en la nécessité de construire une culture du dialogue et de la paix, fondée sur le respect de la personne en tant que valeur suprême, nous appelons aujourd’hui l’ensemble des spécialistes et des parties concernées à lancer une véritable réflexion collective.

Nous appelons à l’organisation d’un atelier de travail pour l’élaboration d’une charte ou d’un pacte d’honneur, qui rejette explicitement toutes les formes de violence morale, et invite chacun à respecter les règles élémentaires de l’éthique dans le discours et dans la pratique politique.

Avant qu’il ne soit trop tard.

Avant que nous ne perdions notre patrie.

Avant que nous ne perdions notre humanité.

Avant que nous ne nous perdions nous-mêmes.


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