Comment l’on suicide une République 

Michel HAJJI GEORGIOU

27/10/2016

Les dés sont jetés.

Michel Aoun sera président de la République, au terme d’une longue période de vacance présidentielle dont il aura été le principal responsable, avec l’aide, pour ses propres intérêts, de son allié, le Hezbollah. 

Saad Hariri a emboîté le pas à Samir Geagea dans ce qui sera sans doute, inéluctablement, le suicide du 14 Mars, et, avec, de la République libanaise… pour la plus grande joie du Hezbollah. 

Jusqu’à la dernière minute, Fouad Siniora, dernier bastion anti-Aoun, est restés confiant. Il ne s’imaginait pas que Geagea irait jusqu’au bout de son défi. 

Et pourtant… 

L’auteur de ces lignes a pourtant tenté, au cours de ces derniers jours, et avec les maigres moyens dont il dispose, de dissuader Samir Geagea et Saad Hariri de commettre l’irréparable. 

C’est sans plus aucun espoir et la mort dans l’âme qu’il écrit ces lignes. 

Rencontré autour d’une table à Meerab en présence de Issa Goraieb, Antoine Courban, Michel Touma et Denise Rahmé Fakhry, Samir Geagea a expliqué le choix qu’il avait déjà fait à travers l’accord de Meerab, le présentant comme une voie de salut pour la République et ses institutions, au terme d’une vacance qui a trop duré et qui pourrait déboucher selon lui, si elle perdure, sur l’implosion du pays. 

Le leader des Forces libanaises mise sur un recentrage « libanais » de Michel Aoun par rapport au Hezbollah, en faisant un calcul simple : Aoun a formé un seul corps avec le Hezbollah depuis l’accord de Mar Mikhaël en 2006 par volonté de pouvoir – il est obsédé par le fauteuil présidentiel depuis les années 1980. Lui donner ce qu’il convoite serait de nature à lui permettre de prendre ses distances par rapport au parti iranien et de le délivrer du chantage opéré par le Hezb à son égard depuis 2006. Après tout, Aoun, avec sa personnalité impulsive, n’acceptera pas que quiconque lui mette des bâtons dans les roues, Hezbollah compris. Il voudra entrer dans l’histoire du Liban comme un grand président.

A priori, la logique tient. Mais c’est ne pas connaître Aoun. Du moins c’est ce que j’ai cru bon de défendre. Certes, l’homme est mû par l’obsession du pouvoir depuis des décennies, et serait prêt à pactiser avec le diable pour ce faire. 

Cependant, ce qui semble échapper à Samir Geagea, pourtant l’un des hommes qui le connaît sans doute le mieux pour avoir été son némésis depuis 1988, c’est que Michel Aoun n’est pas digne de confiance en politique. Derrière l’image du mégalomane populiste, homme possède toutes les « vertus » machiavéliennes : la manipulation des masses, la subversion, le mensonge. Il est parfaitement crédule de croire qu’il respectera la parole qu’il a donnée. C’est un vieux renard pour qui la fin justifie tous les moyens. 

De plus, ce que j’ai rappelé à Samir Geagea, c’est que Michel Aoun gravite dans le giron du Hezbollah depuis trop longtemps pour s’en séparer aussi facilement aujourd’hui. Cette Saint-Valentin de Mar Mikhaël a trop duré pour qu’elle finisse aussi promptement. Le voudrait-il qu’il ne le pourrait pas. En dehors de sa volonté d’accéder à la présidence de la République, qui constitue le moteur de son action politique depuis la deuxième moitié des années 1980, quitte à tout casser au passage, l’homme, de l’aveu de bon nombre de ses compagnons de route, ne s’est jamais illustré par son courage. Il m’est d’avis qu’il n’osera pas se démarquer de celui qui l’a couvert de florilèges et d’opulence au cours des la dernière décennie, et qui, plus important encore, a été un élément essentiel dans son système de sécurité. Il voudra aussi assurer la sécurité de son gendre, la prunelle de ses yeux. 

Durant mon temps de parole, j’ai également pris le risque de dire au leader FL que l’avènement de Aoun à la présidence provoquerait la fin de la République, une nouvelle destruction du Liban, comme en 1988-1990, en raison du caractère égoïstement suicidaire du personnage. Je lui ai enfin rappelé, dans ce cadre, le sort funeste qu’il avait personnellement subi après la dernière expérience de Aoun au pouvoir, en le mettant en garde contre une réédition du même scénario. 

Samir Geagea est resté intraitable. Ses arguments, sans doute viables sur le plan du principe, ne m’ont pas du tout convaincu, surtout compte tenu de mon expérience personnelle avec Michel Aoun. Je ne m’attendais guère à une autre issue, cela dit. Sa décision est arrêtée depuis janvier. 

Divorces au 14 Mars 

Mon interlocuteur m’a cependant laissé la désagréable impression qu’il est motivé par d’autres raisons que celles qu’il invoque. 

D’abord, les limites du 14 Mars et de sa relation avec Saad Hariri, qui s’est considérablement détériorée au cours de l’année écoulée. 

Le problème, lié à des enjeux de pouvoirs, avait commencé fin 2011. Le camp syro-iranien avait lancé une peau de banane aux partis chrétiens, sous la forme du projet de loi du Rassemblement orthodoxe, prônant un système où chaque personne élirait strictement les représentants de sa communauté. Forces libanaises et parti Kataëb y avaient vu une possibilité de s’affranchir enfin des contraintes d’une représentation parlementaire co-dépendante, du fait des circonscriptions parlementaires et de leurs exigences, de leurs alliés non-chrétiens. 

Les enjeux de pouvoirs – sièges parlementaires, nominations administratives, etc. – constituaient une source de tension permanente entre les différentes composantes du 14 Mars, le courant du Futur étant pointé du doigt comme voulant toujours satisfaire ses appétits au détriment des autres. Ce talon d’Achille était exploité, du reste, par Michel Aoun, qui accusait sans cesse ses rivaux chrétiens de spolier les droits de la communauté et de l’affaiblir. 

La défection de Joumblatt

L’adhésion des partis chrétiens à la loi Ferzli avait été le second clou dans le cercueil du 14 Mars après la défection de Walid Joumblatt. Ce dernier était soucieux de s’ouvrir de nouveau sur le régime Assad au lendemain des législatives 2009 et de l’accord syro-saoudien, qui avait réintégré la Syrie dans le giron arabe – en mettant en sourdine le dossier de l’assassinat de Rafic Hariri. Et, surtout, avec le souvenir du 7 mai 2008 dans la tête – lorsqu’il avait dû faire face, seul, aux hordes armées du Hezbollah dans la Montagne. La normalisation avec Bachar el-Assad, l’accord de Doha consacrant implicitement la mainmise iranienne sur le pays, la présence hezbollahi, d’une puissance sans précédent aux abord de son fief du Chouf… tout cela amenait Joumblatt à composer avec une nouvelle réalité – et celle-ci faisait fi du 14 Mars. 

Une rencontre avec Wissam Saadé à son domicile après les législatives et l’annonce de son retrait du 14 Mars au profit d’un rapprochement avec le président de la République, Michel Sleiman, avait presque dégénéré en dispute entre lui et moi… L’homme s’apprêtait à arpenter le chemin de Damas – et je lui avais rappelé, entre autres, le sort de son père Kamal lorsqu’il avait pris le même itinéraire – mais aussi celui de Samir Geagea et Rafic Hariri. 

La rupture avec Walid Joumblatt, après cette rencontre, dura jusqu’aux débuts de la révolution syrienne… début 2011…

Le recentrage chrétien de Geagea 

Pour en revenir à Samir Geagea, son alliance avec Hariri et avec le 14 Mars commençait sérieusement à lui peser depuis les législatives de 2009. Doublé à sa droite en milieu chrétien, comme d’habitude, par un Michel Aoun ouvertement sectaire dans son discours et appuyé sans équivoque par le Hezbollah, il avait opéré quelque peu un virage par rapport aux choix d’appartenir à une coalition avec Hariri et Joumblatt à son retrait de prison. Sa popularité transcommunautaire ne l’intéressait plus vraiment. Il comprenait, de manière très froide et utilitariste, que sa présence politique passait par un renforcement de sa présence au sein même de sa communauté. 

Geagea avait montré des signes de sorties du 14 Mars pour ceux qui sen trouvaient dans les arcanes de la coalition. Sa volonté manifeste de torpiller les efforts de la mise sur pied d’un Conseil national du 14 Mars en 2015, dont j’avais été directement témoin en tant que membre de la commission préparatoire de ce projet au secrétariat général du 14 Mars durant les réunions à Achrafieh, montrait déjà que son dialogue – encore de l’ombre à l’époque – avec Aoun avançait à grands pas. 

Le flirt de Hariri avec Aoun…

Mais un autre élément avait littéralement dynamité la relation Geagea-Hariri. Le comportement de Saad Hariri sur le dossier de la présidentielle. 

Il considérait que non seulement Saad Hariri avait fini par le lâcher dans la course à la présidentielle, après son incapacité à se faire élire au bout de plusieurs rounds électoraux, mais qu’il avait même franchi des lignes rouges. 

D’abord, Hariri avait fait, face à l’impasse présidentielle, une ouverture sur Michel Aoun en vue d’un accord sur l’accession à la présidentielle de ce dernier à l’insu de Geagea – un détail important que d’aucuns ont oublié. 

Hariri était obnubilé à l’époque par plusieurs craintes. 

  • La normalisation du deadlock présidentiel et la volonté du Hezbollah de torpiller l’accord de Taëf et d’instaurer un Doha +, qui laisserait encore plus les coudées franches au Hezb, et la mise en place d’une constituante pour mettre en place une répartition par tiers au profit du parti pro-iranien. La communauté internationale poussait déjà dans ce sens.  
  • La possibilité qu’on lui fît assumer, en tant que sunnite, le blocage présidentiel, face à sa volonté d’empêcher l’accession d’un homme aussi populaire au sein de sa communauté que Aoun à la présidence de la République.  

Partant, selon sa logique – au demeurant la même utilisée après lui par Geagea ! – Aoun voudra, sitôt élu, que son mandat soit couronné de succès. Il gagnerait aussitôt à se ranger aux côtés du courant du Futur plutôt que du Hezbollah, compte tenu des dividendes qu’un tel alignement lui prodiguerait. De même, Gebran Bassil serait sensible aux opportunités qu’une telle alliance avec le courant haririen lui permettrait…

Pour Hariri, la confrontation majeur était avec le Hezbollah, pas avec Aoun, et il fallait absolument parvenir à un accord avec ce dernier pour débloquer la présidentielle. De plus, un dialogue avec Aoun le débarrassait de cette image de « méchant sunnite » empêchant le « le plus fort des chrétiens » d’être élu. « Ce n’est pas à moi, mais aux autres – Samir Geagea, Walid Joumblatt, Nabih Berry, et même Damas – de bloquer Michel Aoun, dont ils ne veulent pas », pensait-il. 

En d’autres termes, Hariri cherchait à pousser Samir Geagea à jeter l’éponge dans la course à présidentielle en forçant le compromis.

… puis avec Sleiman Frangié 

Lorsque Geagea apprit l’existence de ce dialogue occulte avec Michel Aoun, sa perte de confiance en Hariri s’accéléra. 

Elle fut sans doute définitive lorsque, quelques mois plus tard, Saad déclara son soutien à Sleiman Frangié pour la présidentielle. 

Que Hariri voulût en finir avec le boulet que constituait pour lui la candidature-impasse de Geagea à la présidentielle était une chose, qu’il puisse exprimer son appui à l’infant du régime Assad, une autre.

L’annonce du soutien de Hariri et Walid Joumblatt à Frangié, suivi d’un appel téléphonique du président François Hollande à ce dernier, donnait une tournure gravissime aux événements. Le Hezbollah pouvait accepter Frangié, en dépit de son opposition de façade. Nabih Berry et Bachar el-Assad préféraient le chef des Marada, un allié de longe date, plutôt que Aoun, trop imprévisible. La communauté internationale – la France, l’Arabie saoudite, et même Israël ! –  était prête à accorder sa bénédiction à cette initiative. 

L’arrivée de Frangié semblait devenir un fait accompli. 

Pour Samir Geagea, cela représentait non seulement l’angoisse de se retrouver de nouveau dans la même position qui l’avait menée en prison après la fin de la guerre, mais aussi, comble du comble, un retour à une ligne de conflit dans son fief du Nord, entre Ehden et Bécharré, avec ses conséquences politiques et électorales. Frangié, c’était le retour de l’occupation syrienne sous des oripeaux libanais, avec tous ses symboles.

La vengeance de l’unité chrétienne 

C’est alors qu’émergea l’idée de tendre la main à celui qui se retrouvait le plus lésé par cette solution : Michel Aoun. D’abord, elle fut moquée et rejetée. Une partie des proches de Geagea considérait que se retrouver à choisir entre Aoun et Frangié, le candidat de l’Iran et celui de la Syrie, c’était comme choisir entre la peste et le choléra. Après mûre réflexion, Le dialogue entre les deux ennemis, mené sous l’égide de Melhem Riachi et Ibrahim Kanaan, déboucha sur un package deal de power sharing, concrétisé par l’accord de Meerab, le 18 janvier 2016.

Aoun y trouvait naturellement son compte, puisqu’un tel accord entre les deux forces chrétiennes principales était de nature à barrer la voie à Frangié et à l’imposer définitivement comme président – notamment au Hezbollah. Ce dernier n’était pas mécontent : l’accord de Meerab lui ôtait une épine du pied. Il n’avait plus à trancher le dilemme entre ses deux alliés.

Pour Geagea aussi, l’accord était avantageux. Il lui assurait symboliquement l’aura d’un réconciliateur et d’un unificateur dans les milieux chrétiens, après avoir longtemps été considéré comme la brebis galeuse à l’origine de tous les malheurs de la communauté. Qui plus est, il tendait la main à son frère ennemi depuis 1988, au terme d’une série de conflits entre eux. Pratiquement, il empêchait Samir Geagea de se retrouver seul face à un accord Hariri-Joumblatt-Berry-Frangié au sein des institutions, avec une place de choix pour le régime Assad. De plus, en faiseur de roi, Geagea pourrait se permettre de satisfaire ses exigences en terme de représentation, en termes de power sharing, au dépens des autres composantes chrétiennes – les Kataëb et les indépendants. 

Plus personne ne pourrait se mettre en travers de cette unité chrétienne. Surtout pas le leader sunnite, qui était terrifié qu’on lui colle l’image du bad boy dans toute cette affaire. 

Et il tenait, en passant, sa vengeance contre Hariri. 

Hariri s’adapte 

Le lendemain de notre rencontre à Meerab, Geagea annonça publiquement son soutien à la candidature de Aoun. 

 Mis face au casus belli  de l’accord de Meerab dès janvier, Hariri avait finalement été contraint de suivre. 

Pouvait-il encore bloquer le fait accompli ? 

Le désirait-il ? 

J’arpentais ainsi le chemin de la Maison du Centre après l’annonce faite par Geagea, dans l’espoir que Hariri, lui, écouterait mes appréhensions. 

Mais il était clair que l’homme avait déjà fait son choix.

L’on murmure des choses sur des réunions entre Gebran Bassil et Nader Hariri pour un power sharing

Après tout, Aoun ou Frangié, la nouvelle donne ramenait Saad à la présidence du Conseil après quelques années de mise au ban, et c’est ce qui est, somme toute, le plus important. 

Tout est accompli.

Samir Frangié et Farès Souhaid, qui avaient rendez-vous après moi, sont ressortis de leur réunion l’air livide. Surtout Samir, avec ce pressentiment que la République est perdue, que l’opportunité historique du 14 mars 2005 est réellement morte et enterrée… par les chefs du 14 Mars, qui capitulent à présent devant l’ennemi. 

J’ai clairement exprimé ma crainte à Hariri qu’il soit en train de livrer le Liban pieds et poings liés au Hezbollah. Que le Liban est fichu. Que l’arrivée de Aoun m’incite à quitter le pays. 

Cele ne semble pas le perturber outre mesure. 

Hariri nous a retenu à déjeuner. Un spectacle triste. Souhaid et Frangié ont très peu pris la parole, résignés. Lorsqu’ils l’ont fait, Hariri a masqué sa gêne en jouant sur son téléphone mobile, sans même les regarder. Hani Hammoud, lui, a tenté de justifier la décision du maître des lieux par sa volonté d’empêcher une guerre civile. La sempiternelle histoire des Hariri qui ne veulent pas que du sang soit versé. Une justification compréhensible, mais peu crédible. Elle n’a en tout cas pas convaincue Souhaid et Frangié. 

Un autre argument évoqué a été l’union sacrée chrétienne face à laquelle Saad ne pouvait pas se mettre en travers – mais aussi son isolement local et international, avec son manque de soutien arabe et international. Une arrivée éventuelle de Donald Trump à la présidence lui fait peur, dans la mesure où elle fragilise encore plus le Liban. 

J’ai cru bon de préciser qu’en général, lorsque l’on entre dans un deal, c’est dans le cadre d’une coalition, pour assurer un équilibrer, pas en rangs dispersés. 

J’ai eu l’impression de philosopher inutilement face à une statue de marbre indolente, nonchalante plus satisfaite d’elle-même que résignée.  

Le physique fermé de Farès, les yeux de Samir, eux, ne mentent pas. 

The end is coming  

Avec l’annonce le soutien explicite de Saad Hariri à sa candidature, l’arrivée de Michel Aoun à la présidence est inexorable – à moins d’un deus ex machina qui ne viendra sans doute pas. 

Le divorce du 14 Mars est consommé. 

Le 8 Mars l’emporte sur toute la ligne.

L’État du Hezbollah est en marche, car il est quasi certain que le pari sur un recentrage de Michel Aoun est une lubie – c’est d’ailleurs à voir si les artisans de sa victoire y croient vraiment eux-mêmes. 

Tant pis. 

On cherche à me convaincre, depuis le début, de l’année qu’adopter une position de principe est irréaliste et ne mène à rien. Que je ne tiens pas compte des réalités de la politique. Que je fais de la philosophie et de la poésie. Pire encore, que je veux préserver la haine, les divisions, aussi bien entre chrétiens qu’entre les communautés. Que je ne saisis pas l’ampleur de la réconciliation historique entre les frères. 

Mais de quelle réconciliation parle-t-on ? 

Par-delà les mythes populaires et partisans, l’accord de Meerab n’est ni une réconciliation historique ni un plan « stratégique » pour débloquer la présidentielle. Les dimensions morale et institutionnelle n’en sont que très secondaires. C’est plus la lumière du paramètre essentiellement clanique/communautaire qu’il faut lire l’événement. Au-delà de toutes les considérations, les deux hommes ont verrouillé la communauté chrétienne, opérant un partage du pouvoir – et du gâteau – entre eux sur le plan chrétien pour les six ans à venir, dans un décor moderne, mais une mentalité, in fine, bien vieillotte…

J’ai, chaque jour qui passe, de plus en plus en horreur ce « réalisme politique », maquillé sous les plus beaux slogans, et qui est à l’origine de la dislocation du 14 Mars politique. 

Ma nausée est si forte que je regrette d’avoir perdu mon temps durant dix ans. 

J’aime le Liban profondément. 

C’est ma patrie. 

Mais je suis simplement écœuré. 

Au nom d’une « paix » qui s’avérera vaine et illusoire, nous acceptons une capitulation et une hégémonie. 

Le 31 octobre, avec l’élection de Michel Aoun, le Liban basculera de nouveau sous la tutelle syro-iranienne. Et Samir Geagea et Saad Hariri n’y changeront rien : mieux encore, ils auront largement été les artisans de cette reddition inconditionnelle. 

Il faut y voir une seule petite note d’espoir : cette classe politique s’est une fois de plus unie pour le pire. 

Vivement qu’elle finisse dans les poubelles de la République. 

C’est désormais aux jeunes d’agir. 

Rien ne peut ôter de ma tête cette idée dévastatrice, déchirante, que ma génération, celle qui s’est battue sur les campus de manière pacifique et démocratique pour la souveraineté du Liban et dont l’apport a été fondamental dans la dynamique plurielle du printemps de Beyrouth, a lamentablement échoué.

Le Liban n’a pas besoin d’un nouveau Duce ou d’un nouveau Franco. 

Encore moins d’un vassal de l’Empire iranien, d’un satrape, d’une façade chrétienne populiste à la Milice. 

Ce suicide stratégique de la part de ceux qui s’étaient posés en défenseur du Liban est terrifiant. 

Pourvu que la République survive au cataclysme qui l’attend. 

À savoir, le triomphe orangé du vilayet e-faqih, avec la complicité de tous – ou presque. 


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