Lettre à Lokman 

Michel HAJJI GEORGIOU

04/02/2021

Kamel Mroué.

Kamal el-Hage. 

Sélim el-Laouzi.

Riad Taha.

Moustapha Geha.

Mahdi Amel.

Khalil Naouss.

Souhail Tawilé.

Hussein Mroué.

Sélim Yammout.

Michel Seurat.

Samir Kassir.

Gebran Tueni.

Lokman Slim.

Depuis plus d’un demi-siècle, la même bande d’assassins continue de saigner la tête de ce pays. 

Comme le disait Michel Abou Jaoudé, ils veulent démolir, fermer et faire taire Beyrouth – takssir watasskir watasskit

Il est sans doute temps de mettre nos querelles insipides de côté, parce que l’assassin, lui, ne se trompe pas de cible. 

Le massacre de plus de 200 personnes le 4 août dernier en toute impunité n’a fait que renforcer sa soif de sang. 

Et pour faire taire tout le monde, il t’a choisi à toi, Lokman. Le « message terrifiant » qui doit nous pousser à renoncer collectivement. 

J’aimerais te dire « repose en paix », Lokman, du sommeil des justes. Mais je sais que cela est impossible tant que tes assassins peuvent dormir la conscience tranquille, sans souci aucun de comparaître un jour devant la justice. 

Nous n’avons plus de sommeil.

Nous sommes colère. 

J’aimerais te dire que ton meurtre ne restera pas impuni, comme nous l’avons dit avant dans des circonstances similaires. 

Mais je n’en suis pas certain. 

La seule certitude, ce matin, c’est que ta pugnacité va nous manquer. 

Elle a mis l’assassin hors de lui et il a sorti son pistolet, ce silencieux dont il te menaçait sans cesse ces derniers mois. 

Comme d’habitude. 

Le pistolet. 

Ils l’ont à la place du cerveau quand ce dernier s’arrête de fonctionner. 

Samir Kassir citait souvent devant nous, ses élèves, la fameuse phrase attribuée tantôt à Goëring, tantôt à Goebbels : Quand j’entends le mot culture…

Il savait de quoi il parlait – de quoi le monstre qui l’a éliminé, et qui vient de te tuer à ton tour Lokman, est capable. 

J’espère simplement que nous nous nous réveillerons collectivement un jour de ce cauchemar et reprendrons notre destin en mains. 

Et que tu pourras alors, enfin, reposer en paix, Lokman.

Il doit y avoir un autre choix que mourir par balles et explosions, rongés par la maladie et la famine, abandonnés dans l’indifférence…  

Et toujours, toujours sans dignité 

Il doit y avoir une autre voie… 

C’est la voie de la volonté. 

C’est la voix de la révolte. 

C’est la voix de la révolution.

C’est ta voix, Lokman. 

Et, cette voix, nul ne pourra jamais la réduire au silence. 


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