Michel HAJJI GEORGIOU
28/06/2024
Le débat présidentiel aux États-Unis n’est pas sans susciter les passions les plus violentes – et pas qu’aux États-Unis.
L’âge avancé de Joe Biden – mais surtout son état physique et les interrogations qui tournent autour de ses capacités cognitives – donne lieu aux débats les plus animés sur toutes les plateformes médiatiques à travers la planète.
Il est vrai que l’homme qui accédera à la magistrature suprême en terres américaines est aussi celui qui gouvernera le monde. Même si ce dernier est de plus en plus éclaté, de moins en moins sous l’ombrelle américaine – comme il l’a été durant les deux dernières décennies, en tout cas.
L’acharnement des Démocrates contre leur candidat, considéré comme un cheval de bataille trop fatigué pour battre son rival républicain, Donald Trump, est pour le moins étrange, cependant. Il s’agit d’une réaction démocratique saine, certes – malgré le fait qu’elle cache probablement des querelles de coulisses et des luttes d’influence au sein du parti, et vise sans doute à écarter définitivement Biden de la course électorale. Faut-il voir l’ombre de Barack Obama ? La question se pose. Mais, au-delà de ces considérations, si les Démocrates s’en donnent à coeur joie pour discréditer leur candidat au nom de ses points faibles, les Républicains, eux, font bloc derrière un homme qui n’est pas beaucoup plus jeune et, surtout, dont les capacités cognitives, ou en tout cas, la santé mentale, suscite autant de questions…
En fait, le duel Biden-Trump constitue quelque part la représentation symbolique de l’état du monde actuel – indépendamment des options politiques des deux candidats.
D’une part, une pensée plus ou moins cartésienne et plutôt précise sur le plan des faits, plus ou moins articulée autour des principes qui ont présidé à la mondialisation, respectueuse des règles du régime démocratique, des institutions et de la séparation des pouvoirs – mais hyperfragilisée, erratique, presque aphone, à bout de souffle, voire moribonde.
De l’autre, un populisme irrationnel et simpliste, qui fait appel aux instincts les plus bas, élude tous les problèmes de fond, ment sans vergogne, méprise les corps constitués, aspire au césarisme et à la concentration des pouvoirs, et représente la face la plus hargneuse du ressac de la mondialisation – avec une morgue, une arrogance et une assurance indéniables qui mobiliseraient n’importe quel psychiatre consciencieux.
Il est vrai que le monde, en ce moment, penche plutôt en faveur de la deuxième catégorie, avec sa fascination pour les hommes forts, « protecteurs », « rassurants »…
Cette tendance sera-t-elle de nature à sceller le sort de la course présidentielle, enterrant une fois pour toutes la vocation universelle et humaniste, non pas des États-Unis, mais de l’ensemble de la civilisation occidentale ?
La question mérite d’être posée. Et elle a de quoi provoquer des sueurs froides.
Ce qui est certain, en tout cas, c’est qu’actuellement, un homme se frotte les mains de satisfaction au vu de la débâcle des démocraties occidentales, perdues dans leurs querelles intérieures – auxquelles, du reste, il n’est pas étranger.
Cet homme s’appelle Vladimir Poutine – et se trouve en passe de prendre cette année le pouvoir démocratiquement en France et aux États-Unis par alliés interposés, rien qu’en jouant sur les contradictions internes et les faiblesses de ses adversaires, en bon judoka.
C’est là, du reste, le grand pouvoir des dictateurs et des tyrans, inamovibles, inébranlables, qui n’ont de comptes à rendre à personne, et surtout pas à leur peuple – et jouissent, partant, d’une impunité totale.
Leur « maîtrise » du temps politique, étanche à l’alternance démocratique, leur donne la marge de manœuvre nécessaire pour se livrer tranquillement et méthodiquement à la déstabilisation et à la subversion. Et, de temps en temps, le cas échéant, pour attaquer un pays et avaler progressivement son territoire…
Nous en savons d’ailleurs quelque chose, à notre niveau.
Avec un État empêché, sans garde-fous institutionnels, une culture démocratique et de la citoyenneté encore embryonnaire dans une région instable et explosive, nos disputes incessantes sur des enjeux de pouvoirs à chaque échéance ont toujours permis – et appellent encore – à l’intervention hégémonique de toutes les tyrannies de la région…
Rien à dire, le monde va très mal. Et, d’ici la fin de l’année, il risque de le devenir beaucoup plus.
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