Michel HAJJI GEORGIOU
30/09/2025
Voici une série de réflexions de la part d’un spectateur impuissant face à l’inexorable tragédie qui se déroule devant lui :
– La violence, la destruction, la haine, l’isolement sont faciles et ne demandent aucun courage. Le courage véritable est dans le dialogue, la construction, l’empathie, la création de liens.
– Les armes ne font pas les hommes. Ce qui fait l’Homme, ce sont les actes de dialogue et de paix.
– Le mimétisme est source d’autodestruction par contamination.
– L’empathie ne signifie pas l’adhésion aux valeurs et aux idées de ses adversaires – mais le respect du deuil et des souffrances des autres, du cercle plus large qui est cloîtré dans le malheur et qui aura sans doute besoin à un moment d’un moyen d’en sortir.
– L’empathie n’est pas un effacement ou un oubli des actes, des turpitudes ou des souffrances causées par les autres. Elle est même un corollaire de la volonté de justice, et peut jeter plus tard, une fois la tempête apaisée, les fondements nécessaire pour tourner la page et reconstituer le lien social détruit par la haine et la violence.
– L’ennemi de mon ennemi n’est pas mon ami et ne peut l’être. Sa vindicte ne vise pas à satisfaire mon éventuel désir de vengeance, encore moins à me rendre justice.
– La cohérence, c’est de rester attaché aux même principes et aux mêmes valeurs quelles que soient les circonstances.
– Il n’y a pas de timing opportun ou pas pour tenir ces propos. Au contraire, c’est précisément sous le feu de la mitraille qu’ils prennent tout leur sens.
– Si ces propos vous paraissent utopiques, il convient de rappeler que toute idée est une utopie jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus. Et cela vaut aussi pour la culture de la non-violence.
– La seule, la véritable victoire, c’est d’éviter de verser le sang des hommes. Pas de les utiliser comme boucliers humains, livrés à la fureur et à la merci de l’ennemi.
– Préserver la vie de ses concitoyens même en temps de conflit, être conscient de la valeur et de la finalité de cet objectif, est le signe par excellence du degré d’évolution d’une société.
– À quoi bon protéger le territoire s’il ne reste plus personne pour l’habiter ?
– La guerre est une entreprise facile, et, paradoxalement, une preuve d’impuissance à trouver des solutions.
– La guerre n’est pas la continuation de la politique par d’autres moyens. Elle est l’annihilation de toute politique potentielle au nom de la politique, à court terme et à long terme. Et souvent, de manière insidieuse, puisqu’elle ne fait que jeter les bases d’un nouveau conflit.
– La mémoire de la haine et de la violence se transmet de génération en génération, et le refoulé finit toujours par retourner, de manière encore plus violente.
– La politique, c’est de créer sans cesse les moyens de la paix, de prolonger la vie humaine en lui assurant plus de dignité, de liberté, de justice, de confort et de bonheur.
– La guerre, et toute violence, contrairement à ce que souhaite nous apprendre la tradition des récits historiques, est lâcheté par excellence, au nom d’un courage vain, d’une gloire éphémère, d’une victoire ultime impossible et sans cesse remise aux calendes grecques.
– Le véritable acte de courage, qui va à l’encontre des pulsions instinctives, et qui demande une victoire sur soi, est de prendre le risque de la paix – pas à n’importe quel prix, bien sûr. Une paix constructive à même d’assurer cette évolution sociétale permettant de rompre le cycle de la violence, de poser, à long termes, des actes de réconciliation, et de purger les esprits de la haine – et, avec, des tentations de céder de nouveau à la guerre comme mode unique de résolution des conflits.
– La guerre ne produit que de nouvelles guerres.
– La paix sur des bases saines, fondée sur le libre-arbitre et non sur la contrainte, est une promesse de vie.
– Ces mots n’ont sans doute aucune portée en temps de guerre. Mais le simple fait de les écrire, de les dire, c’est choisir le désir de vie sur la pulsion de mort.
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