Vous avez bien dit « victoire ? »

Michel HAJJI GEORGIOU

07/10/2024

Quelles que soient la légitimité de son objectif et la puissance de son symbole, le 7 Octobre a été un piège pour tous, surtout pour ses artisans martyropathes.

La violence n’a rien résolu, ni en Palestine ni au Liban. Au contraire. Elle a tout emporté – le Hamas, le Hezbollah, Gaza, le Liban-Sud, la banlieue sud, la possibilité d’un État palestinien, et tant de vies humaines… pourquoi ? Pour un instant de gloire et de vengeance ? Un acte symbolique stérile et suicidaire ?

Pour que la maison-mère puisse faire mener son bazar sanglant en exploitant ses pions arabes et les populations civiles des pays qui croupissent sous le joug de son occupation ?

Toute cette violence laissera des séquelles indélébiles, comme ce fut le cas en Irak en 2003 et en Syrie depuis de 2011.

Après cela, le monde entier se demandera d’où viennent les monstres… ils naissent de la violence qu’on tolère, qu’on laisse prospérer et qu’on exploite en apprentis-sorciers !

En 2003, les États-Unis ont pavé la voie royale à l’Empire iranien en déboulonnant Saddam Hussein.

En 2004, l’assassinat de Yasser Arafat a laissé le champ libre au Hamas pour prendre le contrôle de la scène palestinienne, aux dépens du Fateh.

En 2005, il est vrai que l’assassinat de Rafic Hariri à Beyrouth mit fin à l’occupation syrienne, mais livra dans le même temps le pays à une bande de satrapes-assassins organisés au service de l’Empire iranien.

En 2007, Benazir Bhutto, dernier leader sunnite de poids de la région, fut assassinée à son tour au Pakistan.

À partir de 2011, les révolutions arabes ont abattu l’un après l’autre les dictateurs sunnites des pays arabes, considérés comme hostiles au développement de l’influence perse. En revanche, le régime syrien, trop « utile », sera protégé bec et ongles par amis et ennemis, aux dépens de milliers de victimes. Les Houthi ont proliféré comme des champignons, menaçant le Golfe, en toute quiétude. Quant au régime iranien, il sévit impunément dès 2008 contre les étudiants et les femmes.

Cerise sur le gâteau, en 2015, Barack Obama légitima l’emprise iranienne sur la région en signant l’accord sur le nucléaire iranien.

Dix ans après cet accord, le résultat est sans appel : l’Iran poursuit son programme nucléaire et joue la montre dans les négociations. Téhéran a fait de ses provinces arabes des fortins militaires, des pays faillis et des plaques tournantes de trafic de drogue et de blanchiment d’argent au nom d’une « résistance » illusoire. Et, maintenant, des champs de ruines.

Alors de grâce, que les idiots utiles du guide suprême nous épargnent aujourd’hui les discours pompeux sur de prétendues victoires. Par égard pour toutes les victimes qui sont tombées au nom d’une dignité factice, offertes comme des agneaux à deux États cyniques et sanguinaires.

Même si vous n’avez aucune décence, Messieurs, sachez que les morts vous écoutent. Et ils sont loin d’être en paix.

Au contraire, ils sont en colère.

Et les vivants, plus encore.


En savoir plus sur Beirut Unbound

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.


Laisser un commentaire