Prenons notre destin en mains ! 

Michel HAJJI GEORGIOU

27/10/2024

Middle East Transparent

Certains parallélismes sont parfois utiles.

Obtenu sous la contrainte des armes au lendemain des événements sanglants des 7, 8 et 9 mai 2008 à Beyrouth et dans la Montagne, l’accord de Doha (2008) s’est avéré être une sorte de néo-accords du Caire, c’est-à-dire une cession officielle de souveraineté de la part de l’ensemble des protagonistes libanais au Hezbollah.

Cette abandon de souveraineté s’est traduit par une conquête progressive des institutions libanaises par le Hezb. Le parti pro iranien a étendu et renforcé son hégémonie sur l’État durant près de deux décennies, en se frottant les mains face à l’implosion du barrage que formait la coalition de ses adversaires politiques. L’accord de Doha a permis au Hezbollah de gouverner à l’aide d’hérésies constitutionnelles taillées à sa mesure et celle de ses alliés, sapant systématiquement les fondements d’un État transformé en vulgaire couverture légaliste de son arsenal militaire et son projet expansionniste. 

L’invasion israélienne de 1982 avait mis fin, dans la pratique, aux accords du Caire, avec la déroute de l’OLP et le départ d’Arafat et ses hommes pour Tunis. 

L’invasion israélienne de 2024, elle, met fin, dans la pratique, à l’accord de Doha, qui avait, du reste, trouvé un parapluie supplémentaire en  l’accord sur le nucléaire conclu par Barack Obama avec les mollahs de Téhéran en 2015. L’ossature militaire du parti qui a dominé le pays entre 2006 et 2024 s’en retrouve considérablement affaiblie. 

L’invasion de 1982 s’était terminée par l’accord du 17 Mai, sa mise en échec subséquente par Hafez el-Assad, l’occupation par Israël du Liban-Sud jusqu’en 2000, ainsi qu’une succession sans fin de guerre intestines. Le Liban s’était retrouvé, au bout du compte, livré pieds et poings liés au régime syrien, avec l’accord de la communauté arabe et internationale, de 1990 à 2005, en échange de la participation d’Assad à la coalition internationale contre Saddam Hussein. 

L’invasion de 2024 se terminera-t-elle : 

  • par un néo 17 Mai permanent, plus impitoyable ?
  • par la création d’une zone-tampon, surveillée par des moyens technologiques et non par une présence militaire physique, de plusieurs kilomètres par Tel-Aviv tout le long de la frontière libano-syrienne, afin d’empêcher toute possibilité d’atteindre le territoire israélien à partir du Liban ?
  • par la condamnation quasi-permanente des villages détruits du Liban-Sud jusqu’à nouvel ordre, avec le drame que cela induit au niveau des populations déplacées ? 
  • par de nouvelles querelles intérieures dues aux conséquences sociales, économies et politiques de cette situation chaotique ? 
  • ou encore, éventuellement, comme cela est proposé dans certains cercles arabes et israéliens, par un retour éventuel de l’influence syrienne au Liban avec sa ribambelle de symboles politiques ? 

La grande majorité des Libanais ne veut plus de solutions bancales qui porteraient atteinte à sa souveraineté, à sa stabilité et à sa paix : 

  • elle ne veut pas d’une nouvelle  occupation ou tutelle, qu’elle soit israélienne, iranienne, syrienne ou autre.
  • elle ne veut pas d’un retour à l’hégémonie du Hezbollah, que certaines parties internationales tentent actuellement de remettre sur pied par intérêt personnel. 
  • elle ne veut plus d’hérésies constitutionnelles justifiant toutes les avanies. 
  • elle ne veut plus de guerres civiles et de nouveaux cycles de violence.
  • elle ne veut plus vivre dans la servitude,  l’instabilité, l’impunité, l’injustice, l’insécurité, la misère, la corruption que tout cela induit.
  • et, surtout, elle ne veut plus que son pays serve d’arène de luttes, de carte de négociation et de boîtes aux lettres pour les intérêts des autres. Et Encore moins de chair à canon ou de « victime collatérale ». 

Cette majorité aspire à un pays souverain, indépendant, libre, neutre, démocratique, juste, stable, paisible, prospère, respectueux de ses engagements internationaux et de sa Constitution. Un État de droit dirigé par des personnes intègres et transparentes, capable de gérer convenablement son pluralisme en développant ses mécanismes de vivre-ensemble, de rayonner de nouveau à tous les niveaux, surtout sur le plan culturel, économique et financier, et de refonder le pays sur de nouvelles valeurs morales. 

Elle veut vivre normalement, en somme. 

Cela est-il possible ? 

Oui. 

Mais  pour pouvoir influer sur la situation, il faut prendre la décision d’exister. Et cela n’est possible qu’à travers une prise de conscience manifeste et la mise en place d’une opposition plurielle, transversale, unie, crédible, à même de s’élever au-dessus des tentations du pouvoir et des égos surdimensionnés et de prendre en mains son destin. 

Tout reste possible, pour aller vers le meilleur – et, surtout, éviter le pire. 

Il va falloir mûrir. Enfin. 


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