Michel HAJJI GEORGIOU
30/10/2024
Il est vrai que Naïm Kassem, nouveau secrétaire général du Hezbollah, a autant de charisme que la « rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie », pour citer Lautréamont…
Là où Hassan Nasrallah était cet « ange séducteur » qui parvenait à hypnotiser, galvaniser, griser ses foules, et ce même en pleine tourmente, Naïm Kassem fait quelque part l’effet d’une gueule de bois après une soirée trop arrosée. Ou, pour faire plus dans le style de la maison, comme celui d’un retour à l’insupportable pesanteur de la calamité une fois les effets du Captagon dissipés.
La triste réalité, c’est que le Hezbollah, avec ses hommes et son chef, loin de l’entité héroïque et messianique qu’ils prétend incarner, constitue un rassemblement de soldats de plomb qui se battent pour un territoire virtuel, une idéologie et un espace qui n’ont rien à voir avec le territoire physique et géographique du Liban et de ses habitants.
L’espace et la cause de leur lutte sont les intérêts des mollahs et le maintien de leur domination sur cette contrée de leur empire sans plus – en dépit de la campagne de marketing qui dure depuis des décennies concernant « la libération de la Palestine », la « force de dissuasion du Liban », la « défense des opprimés » ou encore la volonté d’assurer par les armes les privilèges et de préserver la primauté d’une communauté sur les autres pour que ses membres « ne redeviennent pas des portefaix au port de Beyrouth ».
Après des années de programmation des masses « à prier à Jérusalem », le Hezbollah nous dit à présent que son adversaire cherchait à déclencher cette guerre depuis longtemps… et donc que tout cela n’était qu’une fatalité, le destin inéluctable du Liban.
La volonté et la responsabilité n’ont aucune place dans le raisonnement idéologique. Que serait-ce alors s’il est en plus millénariste.
Bienvenue au pays du déterminisme historique.
Le résultat, c’est le carnage continu, l’atomisation de pans entiers du territoire libanais, et un déplacement de population titanesque en une poignée de semaines… sans parler de l’annihilation progressive du Hezbollah lui-même.
Mais, triomphe absolu, l’ennemi est, nous dit-on, « terrorisé ».
Bilan : autour de 3000 civils tués, 13 000 blessés, un million et demi déplacés, dont certains sans doute pour de bon, et des dizaines de villages complètement rayés de la carte – en quelques semaines à peine côté libanais.
Côté israélien, en revanche…
Ah, si, les enfants du Nord ne pourront pas aller à l’école, et les habitants des contrées frontalières ont été évacués.
Un véritable drame humain.
Et, boosté par tant d’exploits, le Hezbollah fait savoir que le cessez-le-feu peut attendre, le cas échéant, dans la mesure où il est capable d’inverser la donne sur le terrain.
Rien à dire : le cocktail entre l’optimisme historique et la frénésie eschatologique est explosif.
Littéralement.
L’on pourrait même en rire… si ce n’était pas triste à en pleurer.
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