Michel HAJJI GEORGIOU
12/12/2024
Au Nahar de Ghassan Tuéni, Gebran Tuéni et Samir Kassir
À Damas, le tyran est tombé.
Enfin.
L’Empire du Mal qui voulait asservir son peuple « pour l’éternité et après l’éternité » est tombé en quelques jours – après un demi-siècle de barbarie.
Le tortionnaire – qui promettait à ses prisonniers, au sens étroit ou large du terme, que « Dieu était mort », et que la seule figure susceptible d’être déifiée, au sein de cet enfer, était celle du dictateur démoniaque – s’est enfui, la queue entre les jambes.
L’ensemble de son système répressif, dont le monde découvre actuellement l’horreur dans les sous-sols inaccessibles de Saydnaya, avec ses broyeuses et ses fosses communes, s’est effondré comme un château de cartes.
Les statues du dictateur sont tombées, les uns après les autres. Les bustes ont fini dans les poubelles de l’histoire. Les torses ont été transformés en latrines publiques.
Pour le peuple syrien, tout cela est un puissant retour d’un désir de liberté refoulé depuis plusieurs décennies. De vengeance aussi.
Au nom de la mémoire des morts de Homs, Hama, dont Michel Seurat avait compilé les souffrances, ce qui lui avait valu une sentence de mort exécutée par les « gens les plus honorables », les « oppresseurs » locaux au service du régime de barbarie.
Au nom aussi de ces enfants dont les ongles avaient été arrachés pour un simple graffiti à Deraa en 2011, et du cortège de martyrs qui avait suivi pour la liberté et la dignité.
Au nom aussi des centaines de milliers de héros dont les corps ne seront sans doute jamais retrouvés.
Au nom des yeux inondés de larmes, de l’âme et du corps brisés de Mazen Hamadé…
Tant qu’il était encore au pouvoir, le dictateur avait effectivement enfermé tous ces cris, toutes ces souffrances dans la damnation éternelle.
Mais la nuit finit toujours par disparaître. Le Jour finit toujours par triompher.
Il y a 19 ans, Gebran Tuéni, et avant lui, Samir Kassir, tombaient, victimes de ce régime maléfiques et de ses acolytes locaux, pour avoir défendu l’indépendance et la souveraineté du Liban, bien sûr, mais aussi pour avoir soutenu la volonté de libération et de démocratie du peuple syrien, en ouvrant les colonnes du supplément d’Annahar aux opposants syriens.
Le retour du peuple syrien à la lumière du monde, sa soif de liberté, son désir d’unité, sa volonté de réconciliation, sont aussi une victoire pour Gebran et Samir, ainsi pour leur mentor, Ghassan Tuéni, l’incarnation de la liberté d’esprit et d’opinion.
Dans son serment de la Place des Martyrs, en ce « jour glorieux » du 14 mars 2005, Gebran avait proclamé un serment « d’unité pour l’éternité », en pleine lumière du jour, face à « l’éternité » du « régime du Mal » et à sa volonté machiavélique de sans cesse diviser pour régner.
Le 12 décembre 2024, près de vingt ans plus tard, c’est « l’éternité » de Gebran qui a prévalu – et en Syrie même – et c’est le tyran et ses ancêtres qui « sont damnés pour l’éternité ».
Comme Gebran, Samir et le printemps de Beyrouth ont, en 2005, semé les graines de la révolution syrienne de 2011, puisse le peuple syrien, dans sans liberté et son unité retrouvées, inspirer le peuple libanais à renouer avec l’esprit du serment de la Place des Martyrs, pour que le Liban, dans son « être libanais », soit parfaitement éternel.
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