Michel HAJJI GEORGIOU
16/12/2024
Janoubiya
À la mémoire de Mazen Hamadé
Frère,
Je ne te rencontrerai jamais.
Je ne connaîtrai de toi que les images de ta souffrance, les mots de ta brisure.
Je ne verrai de toi que ce visage du désespoir, ces larmes du malheur arabe, et ces yeux qui me hantent, jour et nuit. Tes yeux… dernier refuge de la conscience d’un monde insensibilisé, déshumanisé, complice de la cruauté des monstres.
Pire encore, tes yeux terrorisés, même dans la mort – comme s’ils avaient retenu, au fond de leurs rétines, l’apparition du Mal lui-même, dans toute son essence, dans son raffinement incomparable de la cruauté.
Frère,
Ton esprit est-il en paix ?
Peux-tu encore connaître la paix après l’enfer ?
Ton âme peut-elle encore trouver le repos après toute cette torture ?
Es-tu capable de ressentir encore la joie de ton peuple – et de tous ceux qui, à travers le monde, refusent encore de se départir de leur humanité ?
Je l’espère.
J’espère qu’il existe un endroit spécial pour les personnes comme toi – dignes et beaux dans la souffrance, l’humiliation – et même dans la mort.
J’espère de tout cœur que tu es enfin en paix.
Quant à moi, ne connaîtrai plus le repos à chaque fois que je croiserai de nouveau tes yeux, au détour d’un chemin, dans les recoins de ma mémoire ou dans la détresse d’un agneau innocent, témoin de vérité, lâché, sans vergogne, entre les loups-garous.
« L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn. »
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