Michel HAJJI GEORGIOU
07/01/2025
À la mémoire des deux Samir – Kassir et Frangié
Parce que la nuit s’est trop attardée,
Parce que l’obscurité asphyxie les âmes,
Parce que le pays se délite, rongé par le sectarisme, la corruption et la peur,
Il nous faut rêver à nouveau.
Rêver d’un pays qui s’extrait des cendres de ses échecs,
D’un pays qui s’affranchit des labyrinthes de la haine et des illusions,
D’un pays qui démolit les enceintes qui ont dressé ses enfants les uns contre les autres.
Rêver d’un État qui nous rassemble,
Et non de confessions qui nous divisent,
D’un État où la loi l’emporte sur les armes,
Où le droit est plus fort que la peur,
Où la citoyenneté surpasse les identités fragmentées.
Parce que nous sommes las des guerres,
Des slogans de victoires mensongères,
Des chefs qui ont fait commerce de notre sang et de nos souffrances,
Il est temps de dire : Assez !
Assez de servitude aux puissances étrangères.
Assez de partages du pouvoir sur le dos des citoyens.
Assez de violence nourrie par nos divisions et nos peurs.
La rupture avec la culture de la violence
Il faut rompre avec la culture du sang et du repli,
Avec la peur de l’autre et l’obsession identitaire,
Avec cette vision binaire du monde où nous nous croyons toujours dans le camp du Bien, et l’autre dans celui du Mal.
Il est temps d’abolir ces clivages meurtriers,
De bâtir des ponts de confiance et de réconciliation,
De remplacer la haine par la compassion,
L’avidité par le don,
L’orgueil par l’humilité,
La brutalité par l’insoumission à la violence.
Le rêve d’un pays, le rêve d’un destin
Ce rêve n’est ni un luxe ni une utopie.
Il est une nécessité pour survivre.
Car le Liban ne peut être une île coupée du monde,
Ni un terrain vague livré aux conflits des autres.
Rêver d’un pays où chacun a sa place
N’est pas une chimère.
C’est la continuation de ce que nous avons été
Et l’amorce de ce que nous pouvons devenir.
Un pays-message, un sanctuaire du pluralisme,
Un havre de liberté.
Mais ce Liban ne se bâtira ni dans l’illusion, ni dans la crainte,
Mais dans la volonté et la conviction
Que le vivre-ensemble n’est pas une idée morte,
Mais notre seule voie possible, notre seule réponse au monde.
Un appel à la conscience
Nous sommes à l’instant crucial de l’Histoire.
Au Liban, l’État s’est effondré sous le poids des calculs confessionnels,
Le pays s’est transformé en arène pour des guerres qui ne sont pas les siennes.
Dans le monde arabe, le peuple syrien s’est enfin libéré,
Un régime de fer s’est effondré,
Mais la liberté conquise doit s’achever en démocratie,
Pour que les sacrifices ne soient pas vains,
Pour que cette révolution accouche d’une ère arabe nouvelle,
Où les despotes n’auront plus de trônes et où l’oppression n’aura plus de refuge.
Et tandis que la montée des populismes et l’injustice économique menacent l’humanité tout entière,
Ici, dans cette terre minuscule,
Une opportunité se présente :
Une occasion de rompre avec le fatalisme,
De ne plus être les victimes du temps,
Mais les sculpteurs de notre propre destin.
Le Liban peut être le laboratoire d’un modèle inédit,
Un modèle qui dépasse la confessionnalité,
Qui remplace la peur par la confiance,
La haine par la réconciliation,
L’égoïsme par l’élan vers l’autre.
L’ultime appel au rêve
Libanais, souvenez-vous.
Vous êtes les enfants d’un rêve.
Un rêve qui a survécu aux guerres,
Aux assassinats,
Aux invasions,
Un rêve qui s’est refusé à mourir,
Même lorsque tout semblait perdu.
Réinventons ce rêve.
Faisons-en un serment,
Un héritage à ceux qui viendront après nous,
Une promesse gravée dans la pierre,
Celle d’un Liban qui, malgré les tempêtes,
Restera une terre de liberté, de dignité et d’humanité.
Ce manifeste n’est pas une fin.
C’est le commencement d’un nouveau rêve.
Le premier souffle d’une renaissance attendue.
L’acte de foi d’un pays qui refuse de mourir.
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