Michel HAJJI GEORGIOU
14/01/2025
Janoubiya
Les jeux sont faits.
Toutes les menaces proférées lundi par le secrétaire général adjoint du Hezbollah, le député Mohammad Raad, après la nomination de Nawaf Salam, ne serviront à rien.
Certes, M. Raad ne peut s’empêcher de retourner au leitmotiv favori de son parti, « couper des mains », en se montrant, comme à chaque échéance, un mauvais perdant.
Oui, le Hezb et certains de ses acolytes pourraient être tentés de revenir à ce qu’ils savent faire de mieux : les manifestations d’intimidation, de violence, et de terreur afin de mâter la troisième révolution pacifique en 20 ans contre leur joug.
Mais c’est ignorer d’abord que les temps ont changé et, ensuite, que c’est précisément parce qu’ils ont semé la haine et la violence et fait couler le sang durant ces deux décennies qu’ils en sont aujourd’hui arrivés à ce stade.
Et plus particulièrement parce qu’ils ont refusé depuis 20 ans, dans un mélange d’arrogance et de mépris, toutes les mains tendues pour construire un « autre » Liban.
Plus la nostalgie du « bon vieux temps » milicien sera forte, plus la chute sera terrible. Il est grand temps de l’assimiler.
La stratégie de la mithaqiya
Se cacher sournoisement, une fois de plus, derrière l’excuse de la mithaqiya pour pervertir et torpiller les institutions, est inutile.
Le binôme et ses alliés n’étaient pas aussi jaloux du vivre-ensemble lorsqu’il s’était agi de nommer Hassane Diab ou Najib Mikati à la présidence du Conseil par le passé, au grand dam de la majorité sunnite ; ou encore, naguère, du temps de l’occupation syrienne, lorsque la plupart des forces représentatives chrétiennes étaient écartées non seulement du gouvernement, mais, carrément, interdites de toute existence politique.
Les cris d’orfraie et menaces du Hezb peuvent retentir encore et encore… mais ils n’ont plus le même effet glaçant. La démocratie et la liberté, lorsqu’on décide d’y croire vraiment, sont magnifiquement contagieuses, et c’est ce miracle tant attendu que les Libanais découvrent après des décennies d’attente.
La mithaqiya, littéralement « pacte de vivre-ensemble », a été introduite dans le préambule de la Constitution issue de Taëf pour garantir le vivre-ensemble, rejetant le fédéralisme et le sectarisme partitionnistes. L’alinéa j stipule qu’« aucune légitimité ne peut être reconnue à un pouvoir qui contredit ce pacte ».
Mais, comme le rappelle l’expert constitutionnel et ancien député Hassan Rifaï, ce texte n’a jamais été conçu pour octroyer un droit de veto à un parti ou à une faction politique. Sa légitimité découle uniquement du respect des textes constitutionnels, et non d’interprétations intéressées et frauduleuses.
Depuis 2005, cet alinéa a été systématiquement détourné par le tandem Amal-Hezbollah pour justifier le blocage, paralyser les institutions, et imposer sans cesse ses conditions au nom des équilibres confessionnels. Ce n’est pas un hasard si la mithaqiya ressurgit toujours lorsque leur hégémonie est menacée.
Un moment historique pour la République
La communauté chiite n’a rien perdu avec les débâcles successives du Hezbollah, comme ce dernier le prétend. Au contraire. Elle a tout à gagner pour revenir au « projet libanais », renouer avec l’État, et s’inspirer de l’héritage de Mohammed Mahdi Chamseddine.
« Ce que l’État perd au Liban, ce sont les communautés qui le gagnent », disait Michel Chiha.
Inversement, ce que le mini-État a perdu aujourd’hui constitue une victoire pour la République – dans toutes ses composantes, sans exception.
Et surtout, sans mithaqiya.
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