Michel HAJJI GEORGIOU
25/02/2025
Elle est née sans grandeur, sans splendeur, avec l’ambition d’un Sorel sans brillance, d’un Rastignac sans élégance.
Elle n’a jamais vraiment prouvé qu’elle possédait quelque vertu, quelque qualité pour le leadership. Elle s’est en effet insinuée progressivement dans les anfractuosités du pouvoir, comme un Georges Duroy, à la recherche d’une place au soleil, d’un roitelet à hériter.
La ruse du mariage de raison a porté ses fruits. La mignonne a su profiter du talon d’Achille familial, l’absence d’un dauphin, pour faire son propre Teorema, ou son Richard III, selon la perspective – de la séduction du bellâtre au cynisme du pervers.
Depuis, elle a préféré les chemins moites du compromis, les alcôves du troc politique, les corridors où l’on négocie dans l’ombre ce que l’on proclame en pleine lumière.
Thérèse, que nul ne veut plus embrasser à présent, a appris très tôt que la vertu est une maladie des faibles et que les principes ne valent que si l’on peut s’en draper pour dissimuler ses turpitudes.
Elle se dit sans cesse persécutée, incomprise, bafouée, victime d’un ordre injuste. Mais ce n’est qu’hystérie paranoïde : chaque injustice qu’elle dénonce est une injustice qu’elle invente. Et, pour cela, elle a de l’imagination. C’est d’ailleurs tout ce qu’elle a de fertile.
Ah non, c’est vrai… dans le vice aussi, elle est féconde.
Elle prêche la réforme et sature pourtant le système de ses propres indigences. Elle glose sur la transparence et jure pourtant fidélité aux opaques du pouvoir. Elle parle au nom du peuple et ne respire qu’au contact des prébendes et des postes juteux.
Elle se prend pour Robespierre, mais c’est Fouché qui connaît les recoins labyrinthiques de son âme. Elle s’est longtemps crue William Pitt, Talleyrand, Wellington et Napoléon à la fois. Pourtant, elle ne serait même pas retenue pour le casting de The Duck Soup des Marx Brothers ou de Dr. Strangelove.
Thérèse aime les mots lourds, les phrases pleines, les sentences théâtrales. Chaque allocution est une messe, chaque indignation une pose. Elle se croit tribun, elle n’est pourtant qu’un bonimenteur. Chaque discours est un chapelet de griefs, une liste de doléances où elle se donne le rôle du juste persécuté. Mais sa voix nasillarde trahit la comédie. Une héritière frustrée, une rentière de l’influence, une satrape contrariée…
Dieu lisait sans doute Marivaux d’un oeil distrait lorsqu’il entreprit d’inventer une créature aussi délicieusement détestable.
Thérèse ne supporte pas d’être contestée. Elle voudrait le pouvoir sans avoir à le conquérir, l’adulation sans avoir à la mériter. Tout lui revient de droit : ses charmes sont irrésistibles, croit-elle. Aussi s’imagine-t-elle nécessité alors qu’elle n’est qu’un accident de l’histoire. Elle se veut colonne vertébrale alors qu’elle n’est qu’un lest accroché aux chevilles du pays. Elle se pense indispensable alors qu’elle est déjà, qu’elle a toujours été en trop.
Elle a régné six ans par procuration, transformant le pouvoir en une boutique de privilèges, un guichet de passe-droits, une forteresse assiégée par son propre narcissisme. Elle a présidé sans mandat, gouverné sans légitimité, dirigé sans talent.
Mais son tour est passé. La saison est finie. L’hiver du pygmalion est irrévocablement là. Les feuilles de son arbre tombent, les unes après les autres. Thérèse constate qu’elle n’est pas la Dame aux Camélias. Même pas la Du Barry.
La voilà qui s’effarouche d’un geste de refus, alors qu’elle ne demande qu’à s’offrir.
Qu’à cela ne tienne, les nouveaux princes détournent leurs regards. Aucun portrait ne pourrait masquer la laideur de ses turpitudes.
Thérèse peut garder sa vertu.
Pour ce qui en reste…
Heureusement, elle peut encore trouver refuge dans son propre culte.
« Miroir, miroir, dis-moi… »
C’est, du reste, une tradition de famille.
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