Lettre à Isabelle Herdner

C’est avec une tristesse insondable que j’ai appris, en septembre, que la maladie avait finalement ravi au monde l’océan d’amour que vous portiez en vous au Liban et au monde arabe. 

À défaut des roses que je ne supporterais de déposer sur une tombe, acceptez, très chère Madame, ces quelques mots de reconnaissance, de gratitude et d’amour. … Lire la suite Lettre à Isabelle Herdner

À un poète disparu….

Robin Williams avait ce talent inouï, magnétique, de faire rire aux éclats, de passer d’un état cryogénique à celui d’une véritable tornade en quelques millièmes de seconde. Si bien que cette tristesse infinie au fond de ses yeux, il savait la dissimuler derrière un air facétieux de lutin bondissant, intenable, entretenu depuis ses débuts à la télévision avec Mork and Mindy, à la fin des années 70. … Lire la suite À un poète disparu….

Neuf ans de solitude

Je sais que tu es horrifié, comme ceux qui n’ont toujours pas vendu leur âme au Mal, par les massacres qui se produisent en Syrie, en toute impunité. Je comprends la douleur qui te transperce face à cette insoutenable déshumanisation du monde, dont Alep, Homs, Hama, Deir ez-Zor, Deraa, ou Raqqa, sont aujourd’hui le théâtre de prédilection. J’aurais aimé entendre ton parallèle avec l’abandon de la Palestine, avant cela. Ou encore avec Auschwitz-Birkenau, Dachau ou Bergen-Belsen. Mais qui veut donc entendre, cher Samir ? Le monde ressemble plus que jamais aux trois singes… de la « sagesse ». … Lire la suite Neuf ans de solitude

Apprentissages

Que veux-tu, Nathanaël, soixante-dix ans, c’est lourd. On perd sa prestance, son prestige. On tombe de son piédestal. On accepte son déchirement, sa déchéance ; pire même, on apprend à s’y complaire. On oublie les visages et on oublie les voix. Ou alors on les réinvente. Que dis-je, on les remplace par des masques, par des marionnettes. On oublie même de dialoguer avec les morts. Le cœur, quand ça bat plus…  … Lire la suite Apprentissages

Ray Manzarek a pris l’autoroute jusqu’au bout de la nuit…

Manzarek était réellement un génie, parmi ceux qui ont probablement influencé toute la décennie suivante, hautement psychédélique. Né le 12 février 1939 à Chicago, ce fils d’ouvriers immigrés polonais avait su tirer l’essence folle des pianistes de boogie-woogie des années 1950 pour transmuter cette folie dans des mélopées hypnotiques de rock acide. Jamais, comme avec les Doors, à partir de 1967, les synthétiseurs n’expriment autant l’invitation à un voyage au bout de l’angoisse poétique langoureuse et délirante, mi-paradisiaque, mi-infernale, imaginée et chantée par Morrison. … Lire la suite Ray Manzarek a pris l’autoroute jusqu’au bout de la nuit…

Requiem pour Ignace IV Hazim

La disparition hier du patriarche grec-orthodoxe Ignace IV Hazim est venue assombrir un tableau déjà bien peu reluisant. Comme si, avec la disparition du patriarche Hazim – celui qui avait bien su se garder, durant tant de décennies, et à partir de Damas même, de sombrer dans la servitude au régime d’Assad alors même que ce genre de régime ne peut tolérer que les vassaux serviles -, c’est tout un ordre, toute une époque qui disparaît aussi. … Lire la suite Requiem pour Ignace IV Hazim

Assem Salam… sur un air de requiem

ssem Salam, un homme raffiné, structuré, flegmatique, pince-sans-rire et d’une culture incroyable – une espèce réellement en voie de disparition -, s’était lancé, à l’aube des années 2000, dans une nouvelle bataille, pour la souveraineté et l’indépendance de son pays. Pour la démocratie et le dialogue, aussi : l’une de ses hantises était de jeter des passerelles entre les Libanais pour panser les plaies de la guerre civile, … Lire la suite Assem Salam… sur un air de requiem

Le jour où le journalisme est mort

Ghassan Tuéni aura eu le destin d’un demi-dieu maudit de la mythologie grecque. Une sorte de Prométhée moderne, puni de porter en lui ce génie flamboyant, cette liberté d’esprit atypique et ce goût immodéré de la culture de paix, et de vouloir les transmettre contre vents et marées à ses concitoyens dans un pays progressivement abandonné à la violence, la barbarie et la médiocrité. … Lire la suite Le jour où le journalisme est mort

(R)évolution permanente

« On me prend pour un érudit, un intellectuel, un gratte-papier. Et je ne suis rien de tout cela. Mes doigts, quand j’écris, ne se tachent pas d’encre, mais de sang. Je crois n’être que ceci: une âme qui ne se prosterne pas ».

Les mots sont de Nikos Kazantzakis. Pourtant ils semblent bien avoir été écrits, il y a déjà plus d’un demi-siècle, pour Nassir el-Assaad. … Lire la suite (R)évolution permanente