Voyage au bout de l’enfer

Il est difficile de ne pas penser, avec effroi, à la mise en garde gravée sur le portail de l’Enfer de Dante, en parcourant les pages sombres, apocalyptiques, – mais pourtant parsemées d’éclats de lumière – de la folle équipée à laquelle nous invite Sofia Amara dans son premier ouvrage, à travers les villes et les régions syriennes, happées une à une dans le tourbillon de violence généré par la répression assadiste de la révolution civile à partir de mars 2011.    … Lire la suite Voyage au bout de l’enfer

Entre l’anthropophagie et l’entropie

… et puis il y a un seuil où les mots s’épuisent et s’effondrent, inertes, inutiles. Ce seuil-là a été franchi samedi, en Syrie, avec le massacre de Daraya.
À quoi peut bien encore servir le Verbe lorsque l’humanité a cessé d’exister ? À quoi servent désormais les images, lorsque nos rétines ont accepté de se conformer au confort épouvantable de la déshumanisation ? À quoi sert encore le médiateur, lorsqu’il est devenu l’agent passif qui transmet, d’une manière presque jouissive, le spectacle de la mort, dans l’indifférence générale du monde ? … Lire la suite Entre l’anthropophagie et l’entropie

Voyages avec un maître  

Je ne peux compter ainsi le nombre de générations, de personnes, de personnalités que vous avez formées, en lesquels vous avez instillé un souffle nouveau, une manière toute particulière de penser et d’analyser les événements… Et c’est probablement cela votre plus grand miracle, cher Samir Frangié. Celui d’avoir donné sans compter afin d’assurer la relève. Une relève critique, responsable, éclairée, citoyenne, soucieuse du sens du politique, habitée par ce sens, et partant, capable, à son tour, comme vous, de donner un sens à la politique, et ce en élevant cette dernière vers des cimes loin de la médiocrité ambiante… Et c’est tout cela, vous, en définitive, que j’ai retrouvé dans ce Voyage au bout de la violence, auquel vous nous invitez maintenant. … Lire la suite Voyages avec un maître  

Charif Akhawi, ou la résilience citoyenne

« Selké wou emné » (praticable et sûre). L’expression est désormais bien ancrée dans les mémoires et symbolise tout le combat d’une société qui n’a eu de cesse, quinze ans durant, de résister pour ne pas perdre son humanité, à l’heure où le pays était entièrement plongé dans le cycle infernal du sang et de la haine. Si bien que, même pour les générations qui n’ont pas connu la guerre, le souvenir de Charif Akhawi, disparu il y a exactement 23 ans, le 9 avril 1987, reste particulièrement vivace. … Lire la suite Charif Akhawi, ou la résilience citoyenne

À travers le vent, je parle aux hommes

La Beauté est donc dans la spécificité, ce qui fait qu’une chose ou une personne est ce qu’elle est. « Je t’aime pour qui tu es », répond-il à celle qui se lamente en disant : « Je n’aime pas qui je suis ». Cela, Rami Azzam en était certain, et, ensemble, dans les dernières années de notre adolescence, nous avons conspué le déterminisme de Camus et les abysses de Nietzsche, célébré la Beauté avec Oscar Wilde et fredonné une certaine anarchie libératrice avec Brassens… … Lire la suite À travers le vent, je parle aux hommes

La dernière bataille 

Las de renvoyer dos-à-dos tous ces « saint jean bouche d’or qui prêche le martyr » puisque, paraît-il, faire de la contestation, rejeter la violence et défendre le droit à la vie c’est, en temps de guerre, servir la cause de « l’ennemi »… N’est-ce d’ailleurs pas ce qu’a insinué hier le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, dans sa dernière apparition télévisée ? Que ne pas vouloir jouer les Malbrough s’en va-t-en-guerre, voire même les désavouer, c’est méphistophélique, criminel… ? … Lire la suite La dernière bataille 

La vraie dignité

La guerre entre Israël et le Hezbollah entre dans sa deuxième quinzaine, et elle n’est apparemment pas près de finir, s’il faut en croire les deux « sociétés guerrières » (Israël et le Hezbollah) qui ont décidé, chacune de son côté, que cet affrontement était pour elles une question « de vie ou de mort ». Cela n’est d’ailleurs guère étonnant, tant la pulsion de mort semble habiter les discours des deux belligérants, et, surtout leurs actes. À force de conspuer l’autre, de le haïr, de le vouer aux gémonies, on finit par lui ressembler. … Lire la suite La vraie dignité

Projet de vie, culture de mort

Les rues désertées du centre-ville, à l’heure du chien-loup. Pas âme qui vive. Les yeux perdus dans ce silence immobile qui soustrait, l’espace d’une synesthésie ineffable et délirante, la capitale au temps humain, Samir Kassir embrasse du regard la banlieue sud et l’odeur de napalm, au loin. Chaque nuit, la banlieue sud s’embrase et se consume, prise sous un déluge de feu et de métal hurlant. … Lire la suite Projet de vie, culture de mort