Contraints à la résistance

Michel HAJJI GEORGIOU

04/03/2013

L’Orient-Le Jour

À entendre les propos tenus publiquement par les hauts responsables officiels, il serait difficile de ne pas verser rapidement dans la morosité. Le Premier ministre Najib Mikati déclarait ainsi samedi dernier que lorsque le gouvernement avait avalisé la nouvelle échelle des salaires, il y a quelques mois, le taux de croissance était de 5 pour cent alors qu’aujourd’hui il a chuté à 1,5 %.

Pour sa part, le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, a fait preuve de transparence il y a quelques jours en relevant sans détour que les risques au plan de la sécurité sont très « sérieux ».

Quant aux prises de position en flèche adoptées ça et là par les différents leaders locaux, elles reflètent, à n’en point douter, un climat de véritable guerre civile larvée.

Le tableau paraît ainsi particulièrement sombre et entretient un lourd sentiment de pessimisme aigu. Mais il serait bon de rappeler, malgré tout, qu’en politique, il n’y a aucune fatalité, aucun déterminisme absolu.

Il y a toujours une place pour le libre-arbitre… et l’espoir !

En prenant un peu de recul et en se livrant à une analyse à froid de la situation présente, il devient possible de constater aisément que toutes les communautés sont en crise au Liban.

La pomme de discorde constituée par cette fixation stupide sur la loi Ferzli n’est qu’un épiphénomène d’un malaise généralisé ressenti chez tous.

La communauté chiite considère ainsi qu’elle est au pied du mur et que son existence est en danger en raison de l’étau qui se resserre sur les activités miliciennes du Hezbollah, concernant notamment le dossier de ses armes, d’une part, et la chute imminente du régime alaouite à Damas, d’autre part. De même, le printemps arabe, que ce soit par le biais de la montée du radicalisme sunnite ou de l’avènement de forces démocratiques, se fait au détriment du rôle iranien dans la région, lequel est dans le collimateur des États-Unis et de leurs alliés.

La communauté sunnite estime qu’elle est aussi au pied du mur et que son existence est en danger en raison, d’une part, du massacre perpétuel mené en toute impunité par le régime alaouite en Syrie, et des atteintes répétées menées par le régime syrien, l’Iran et le Hezbollah contre elle au Liban et dans la région, d’autre part. L’engagement milicien du Hezbollah dans la guerre syrienne en faveur du régime, ainsi que les tentatives évidentes de relier le projet de l’État alaouite à l’hinterland chiite en matant certaines régions sunnites telles que Ersal, Saïda, Tripoli ou le Akkar jettent encore plus de l’huile sur le feu.

La communauté alaouite a aussi le sentiment que son existence est désormais en danger avec la chute de son règne de quarante ans sur la Syrie et le Liban.

La communauté chrétienne également considère que son existence est en danger du fait de frustrations accumulées durant plus de vingt ans, liées principalement à la perte de sa prépondérance au pouvoir et de son rôle de trait d’union avec l’Occident. Elle regarde autour d’elle et ne voit que les barbes, jugées à tort ou à raison menaçantes, qui poussent. De même, aussi bien l’Iran que la Russie tentent aujourd’hui d’enraciner en elle une conscience minoritaire déjà alimentée par le régime syrien, afin de mieux la briser, la domestiquer et l’utiliser comme carte stratégique vis-à-vis de l’Occident au nom de la crypto « protection des minorités ».

La communauté druze, quant à elle, échaudée par le coup de force du 7 mai 2008, et maintenant par les tentatives de briser le leadership de son chef par le biais de la loi Ferzli, se sent également mise au pied du mur.

Tous les éléments sont donc en place pour une explosion généralisée.

Mais, encore une fois, il n’y a pas de fatalité. L’on ne peut entraîner dans un suicide global une population qui refuse de se laisser faire.

C’est pourquoi nos efforts individuels et collectifs devraient être concentrés sur une seule chose : promouvoir un message, une culture de paix, d’amour, de joie, de beauté, de convivialité, de vie quoi… envers et contre tout et tous.

Cela, chacun peut le faire à sa manière.

Mais cette résistance culturelle citoyenne ne doit pas laisser la place à une simple énergie de survie acceptant la guerre comme un fait accompli – situation qui est déjà familière à la plupart d’entre nous. Notre survie doit être, désormais, rien moins qu’un combat pour une vie digne et pacifique.

Les Libanais, plus que jamais, ont un choix à faire entre la résilience ayant pour toile de fond la culture de paix et l’option guerrière placée au service d’ambitions démesurées de certaines puissances régionales.

Aux Libanais de choisir, et surtout d’agir en conséquence, chacun dans son milieu, dans son domaine d’activité, suivant ses capacités et ses moyens, aussi modestes fussent-ils.


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