Nous n’irons plus jamais 

Michel HAJJI GEORGIOU

10/03/2014

L’Orient-Le Jour

À Éliane, Marwan, Walid, Céline, avec toute la reconnaissance du monde.

C’est un tout petit bureau, coincé derrière une porte latérale. Derrière les volutes de fumée, un homme, petit, trapu, brûle cigarette sur cigarette, sans interruption. Un sourire mutin, ironique, est inscrit aux coins de ses lèvres, avec un air troublant de papa gâteau.

Il lui manque presque le légendaire bonnet du lutin pour parfaire son penchant certain à se moquer du monde, avec la plus grande désinvolture du monde.

Il a l’air de vivre dans une autre dimension.

Mais, en fait, il a déjà tout vécu.

Ou presque.

Le génie a besoin d’évasion, de déchéance, ou de transcendance, nul ne le sait vraiment. La fumée, au moins, offre cette échappatoire, vers les cieux ou vers la vanité la plus absolue, dans un espace plus que jamais replié, presque concentrationnaire.

Évasion de fortune, certes, mais quand même.

Qu’à cela ne tienne, l’homme est bien là, attentif, souriant, amène, mais aussi corrosif à souhait. Le cynisme n’est-il pas, à peu près, le seul luxe ici-bas ? D’un air détaché, sinon facétieux, mais plus que jamais sérieux, paradoxe à part, il administre ses remarques, toujours judicieuses, toujours bien placées, aux néophytes ; denrée rare en des temps où bien peu se soucient des autres et de leur devenir…

Pourtant, ce père Noël là, gourou des besogneux, lui, n’est jamais avare, si bien qu’avec lui, la vie l’emporte toujours. Mais encore faut-il aussi savoir décrypter les quarts de tons, car tout est en demi-teinte, toujours. La muraille est infranchissable, et, aux avant-postes, au-devant des réalités de la vie, la démesure érigée en règle de vie… mais la bonne humeur l’emporte, envers et contre tout.

Même quand il est déjà trop tard.

Les Quat’zarts auront beau faire les choses comme il faut, fidèles à tout ce que tu es.

N’empêche..

Adieu les faux tibias, les crânes de carton ! Plus de marches funèbres au son des mirlitons !

Au grand bal des Quat’zarts nous n’irons plus jamais.

Salut Jeannot !

Les vrais enterrements viennent de commencer.


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