La seule issue

Michel HAJJI GEORGIOU

25/09/2024

La question est presque taboue, mais il faut l’aborder et crever l’abcès.

Israël exerce une fascination certaine sur plusieurs des composantes libanaises. Le modèle israélien suscite un émerveillement tel que certains voudraient bien l’imiter. Et cet état de fait dure depuis 1948. 

Chaque équipée communautaire au Liban (comme cela est aussi le cas chez les alaouites en Syrie) a été menée avec, en toile de fond, ce désir latent : recréer un modèle « d’homogénéité » communautaire, de supériorité militaire et d’hyperpuissance belliqueuse, s’octroyer le droit frénétique d’éradiquer « l’autre » en toute impunité – à la manière d’Israël avec les Palestiniens.  

Que l’on soit admirateurs ou ennemis déclarés et farouches de l’État hébreu, la fascination opère toujours. 

Or, la violence ne saurait être un modèle – qu’elle soit le fait d’un individu, d’un groupe, d’une communauté ou d’un État. À trop vouloir mimer l’autre, on s’engage sur le chemin périlleux de l’anéantissement de son identité – vers le suicide collectif. 

Après des décennies de monstruosités commises au nom du communautarisme, de la suprématie d’un groupe sur un autre, de la purification du territoire, il est grand temps de faire un choix culturel : celui du rejet de la violence. 

Il est temps de choisir le vivre-ensemble volontaire plutôt que le mourir-ensemble au service de projets qui ne sont pas les nôtres, insensibles et méprisants face à nos souffrances. 

Certains ne l’ont toujours pas compris. Ils n’ont rien appris du passé. Ils continuent de croire que la violence, la claustration volontaire, l’homogénéité communautaire sont des solutions. Ils s’imaginent encore qu’une communauté est supérieure culturellement, socialement, militairement, ce qui lui conférerait des privilèges sur les autres composantes. 

Il n’en est rien. 

Il n’y a pas de communautés meilleure qu’une autre. Il existe des individus brillants – partout. Il existe de pauvres hères – partout. Et il existe des idiots endoctrinés – partout. 

Nous sommes tous à bord du même navire – et il couler. Lentement, inexorablement.

Nous n’avons toujours pas fait le choix de rompre avec le sectarisme, avec l’illusion de la supériorité, avec la culture de la haine et de la violence. 

Ces propos ne toucheront probablement personne en temps de guerre et de guerre. 

Ils ne toucheront pas ceux qui vivent dans la terreur de l’autre. 

Ils ne toucheront pas ceux qui en ont assez et qui veulent se retrancher, à n’importe quel prix, dans leur bulle. 

Ils ne toucheront pas ceux qui restent prisonniers de la haine et de la servitude et qui refusent d’en sortir, par peur, par cécité ou par opportunisme. 

Certaine diront que ces mots sont naïfs, poétiques, utopiques, qu’ils relèvent du discours d’un intellectuel de salon qui ne comprend rien aux réalités politiques.

Et pourtant. 

Ces propos sont réalistes. Ils se veulent lucides. Ils portent en eux le seul projet d’avenir et de vie viables. 

Loin des chimères, loin des lendemains qui chantent, loin des promesses qui finissent toujours par s’effondrer. 

Aucun avenir – collectif ou individuel – n’est possible dans ce pays (ou ailleurs) si nous ne décidons pas, une fois pour toutes, de clore le cycle de la haine et de la violence et d’apprendre à construire ensemble sur de nouvelles bases. 

Mais pour cela, il faut des personnes courageuses et lucides à des postes de responsabilité.

Des personnes capables de faire le choix de la collectivité plutôt que celui des solutions partielles et éphémères.

Des personnes exemplaires, capables de faire passer l’intérêt de tous avant leurs petits gains politiques, qui ne fuient pas leurs responsabilités nationales pour préserver leurs petits royaumes imbéciles et mesquins.

Des personnes capables de rompre avec le passé de la guerre sans perdre leur légitimité – une légitimité qui ne doit plus être puisée dans les fantômes d’un âge d’or révolu, mais dans leurs actions présentes.

Cela n’a rien d’impossible. 

Cela n’a rien d’un rêve. 

C’est une mission. 

Nous pouvons – nous devons – l’entreprendre. 

Et réussir.


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